
Des milliers de jeunes camerounaises se sont mobilisées vendredi dernier lors du premier Forum national des filles pour réclamer leurs droits, marquer leur entrée dans le débat public et poser les jalons d’un avenir inclusif.
Vendredi dernier, le Palais polyvalent des sports de Yaoundé a accueilli le tout premier Forum national des filles, présidé par le ministre de la Promotion de la femme et de la famille, Marie-Thérèse Abena Ondoa et organisé en collaboration avec l’Unicef. Plus de deux mille adolescentes, venues des dix régions du Cameroun, ont convergé vers la capitale pour participer à cette rencontre historique. Ce sont des élèves, des étudiantes, des jeunes travailleuses ou issues de milieux ruraux, un panorama représentatif de la jeunesse féminine du pays.
À leurs côtés, des représentants du gouvernement, des agences onusiennes, des associations de jeunesse, des acteurs du secteur privé, des médias et des personnalités invitées. L’objectif principal est de traduire les attentes, les aspirations et les inquiétudes des adolescentes en propositions concrètes, pour construire un État plus égalitaire et respectueux des droits des filles. Le programme de la journée a mêlé créativité, expression artistique, plaidoyer et ateliers d’échanges.
Transformer les constats en actions concrètes
À l’ouverture, des performances musicales, des slams engagés et des scénettes ont mis en lumière les défis quotidiens des jeunes filles : accès inégal à l’éducation, mariage précoce, violences basées sur le genre, restrictions aux ambitions, discriminations. Des ateliers thématiques ont permis de débattre des priorités : santé sexuelle et reproductive, scolarité et orientation, participation citoyenne, protection contre les violences, inclusion des filles en situation de handicap ou issues des zones rurales. Aïcha,l’une des participantes venues du Nord a résumé l’esprit de la rencontre.
« Ce Forum est notre espace pour dire ce que nous voulons et pour construire ensemble un Cameroun qui respecte nos droits. Nos rêves comptent, nos voix comptent, et ensemble nous allons bâtir un pays où chaque fille peut réussir sans limite. Nous ne voulons pas être des spectatrices passives de notre avenir », nous a t-elle confié. Ce Forum s’inscrit dans la dynamique lancée en avril 2025 avec la création du Mouvement des filles. Cet espace de mobilisation nationale avait déjà emprunté la route des dix régions via une Caravane, recueillant les témoignages et aspirations de plus de 5.600 adolescentes. Le Forum de Yaoundé traduit la volonté de transformer ces constats en actions concrètes.
Des engagements forts pour l’avenir
Au cœur de la cérémonie, un moment solennel, la présentation et l’adoption du Manifeste des Filles du Cameroun, un document co-construit par les adolescentes elles-mêmes. Ce manifeste revendique la protection contre les violences, l’accès égal à l’éducation, la santé reproductive, la justice, l’égalité des chances, la participation aux décisions locales ou nationales. « Le leadership des filles n’est plus une aspiration : c’est une réalité que nous devons consolider. Ce Forum national est une étape décisive pour inscrire durablement leurs droits dans les politiques publiques et bâtir un Cameroun plus juste, plus égalitaire et plus prospère », a affirmé la ministre de la Promotion de la femme et de la famille. De son côté, la représentante de l’Unicef au Cameroun a lancé un appel vibrant.
« Les filles du Cameroun ne demandent pas la permission d’exister : elles réclament la place qui leur revient. Ce Forum est la preuve que lorsque leurs voix sont entendues, tout un pays avance », fait-elle savoir. Un Agenda national des droits des filles a été proposé, avec une feuille de route définie, incluant des engagements des pouvoirs publics, des partenaires internationaux, des acteurs de la société civile et du secteur privé. Parmi les priorités : assurer une éducation inclusive, renforcer l’accès aux soins de santé des adolescentes, lutter contre les violences, promouvoir l’émancipation économique et l’autonomie des jeunes filles, favoriser leur participation aux instances décisionnelles. Le Forum national des filles marque le début d’un processus de transformation. Mais les défis restent immenses.
Un cadre de référence pour toutes les politiques publiques futures
Au Cameroun, de nombreuses adolescentes continuent de faire face à des obstacles graves : mariages précoces, grossesses non désirées, violences physiques ou sexuelles, manque d’accès à l’éducation, tabous sur la santé menstruelle, insuffisance des services de santé adaptés aux jeunes, discriminations sociales et économiques. Des données internationales montrent que dans de nombreux pays d’Afrique, y compris au Cameroun, les filles sont souvent les premières victimes des inégalités de genre , qu’elles soient liées à l’éducation, à la santé ou à la participation citoyenne. L’Onu et l’Unicef soulignent depuis longtemps qu’investir dans les filles, c’est investir dans l’avenir d’un pays.
À l’issue du Forum, les participantes et les institutions présentes ont affirmé leur ambition : faire du Manifeste et de l’Agenda national un cadre de référence pour toutes les politiques publiques futures. Les ateliers et engagements pris doivent désormais se traduire en actes : lois contre les violences, programmes éducatifs inclusifs, santé reproductive accessible, soutien aux jeunes filles vulnérables, participation réelle des adolescentes dans les instances de décision. Alors que le Cameroun se prépare à faire de ses jeunes filles des actrices de sa transformation, le Forum a posé la première pierre d’un projet ambitieux : donner à chaque fille la chance de rêver, d’étudier, de travailler, d’exprimer ses idées, et de contribuer pleinement à la construction d’un avenir commun.
Michel NONGA



