
Entre érosion des réserves, tensions financières et lignes de fracture politiques, l’Afrique centrale aborde un tournant décisif. Réunis ce jour en République du Congo, les dirigeants doivent répondre à une crise latente que les chiffres ne permettent plus d’ignorer.
Le sommet extraordinaire des chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) s’ouvre ce 22 janvier 2026 à Brazzaville dans un contexte où les chiffres réels dévoilent des fragilités bien plus profondes que celles mises en avant dans les communiqués officiels. Les réserves de change ont chuté de 7 295 milliards de Fcfa fin 2024 à 6 377 milliards fin 2025, ne couvrant plus que 4,25 mois d’importations contre 4,87 mois un an plus tôt, tandis que la croissance régionale est attendue à 2,4 % sous l’effet d’un secteur pétrolier moins dynamique et du faible rapatriement des devises par les grandes entreprises extractives, qui ne reversent qu’environ 35 % de leurs recettes dans les circuits officiels. Cette situation limite la capacité de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) à soutenir le Fcfa et accentue la vulnérabilité de la zone aux chocs externes. La dette publique illustre elle aussi cette fragilité.
À fin juillet 2025, les titres publics négociables ont atteint 9 087 milliards de Fcfa, soit une hausse de 31 % en un an avec des rendements passés de 6,52 % à 6,92 %, et les liquidités bancaires ont reculé de 11 % pour tomber à 837,3 milliards de Fcfa, obligeant la Beac à intervenir pour stabiliser le système financier. L’asymétrie des contributions aux réserves accentue le risque, le Cameroun représentant entre 40 et 58 % des avoirs de la zone. Dans ce contexte tendu, le Fonds monétaire international (Fmi) s’impose comme un acteur central de l’équation régionale, poussant depuis 2025 à une consolidation budgétaire coordonnée pour préserver la résilience de la zone. Dans les faits, seuls le Tchad, engagé dans un programme de 48 mois pour 625 millions de dollars, la Rca, qui poursuit son Fec, et la Guinée équatoriale, sous-programme de référence, restent directement arrimés au Fmi. Le Cameroun et le Congo, en revanche, se retrouvent sans accord actif et doivent trancher rapidement entre une renégociation avec l’institution de Bretton Woods ou le recours à d’autres sources de financement.
Arbitrage sur les Fonds Res
Une situation qui fragilise la crédibilité financière de l’ensemble de la sous-région et alimente les tensions sur les marchés. Cette fragilité est d’autant plus préoccupante que la coordination politique entre États demeure limitée. Les stratégies économiques divergent, certains gouvernements misant sur la relance par la dépense publique et l’endettement, quand d’autres défendent une stricte discipline budgétaire. Ces lignes de fracture compliquent l’application cohérente des recommandations du Fmi et affaiblissent la construction d’une stratégie régionale à la fois crédible sur le plan international et soutenable socialement.
Le sommet devra également trancher sur les Fonds de restauration (Fonds Res) des sites, estimés à près de 6 000 milliards de Fcfa et partiellement bloqués à l’étranger ou dans des comptes privés. Leur rapatriement à la Beac pourrait renforcer les réserves et stabiliser la monnaie, alors que la confiance des marchés reste fragile. Malgré les rumeurs de dévaluation du Fcfa, la Banque centrale a démenti toute modification du taux, rappelant que le régime reste garanti et que ces spéculations reflètent surtout l’inquiétude des investisseurs. A suivre !
Axel ABANDA



