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Fuite de capitaux: La Src s’attaque aux paradis fiscaux

En mobilisant la diplomatie comme levier de recouvrement, le Cameroun cherche ainsi à transformer des créances théoriques en liquidités effectives, condition indispensable à la soutenabilité budgétaire.

L’Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Cameroun en France, S.E André Magnus Ekoumou, et la Directrice générale de la Société de recouvrement des créances du Cameroun (Src), Marie‑Rose Messi, ont signé le 14 janvier 2026 à Paris une convention de partenariat. Cette initiative intervient dans un contexte de forte contrainte budgétaire. La dette publique du Cameroun a dépassé 13 070 milliards de Fcfa en 2024, soit 43,3 % du Pib, tandis que les besoins de financement de l’État ne cessent de croître, avec un déficit budgétaire projeté à 631 milliards de Fcfa en 2026 et des besoins globaux de financement estimés à plus de 3 100 milliards de Fcfa. Dans le même temps, le service de la dette absorbe une part croissante des ressources publiques, limitant les marges de manœuvre budgétaires.

Or, malgré des décisions judiciaires favorables à l’État, les performances de recouvrement restent faibles. En 2024, sur 90,7 milliards de Fcfa de condamnations pécuniaires, la Src, « bras séculier de l’État » chargé de traquer les créances, n’a récupéré que 5,2 milliards, soit 5,8 %, laissant 85,4 milliards de Fcfa toujours impayés, malgré son arsenal juridique et sa capacité d’action internationale. Les résultats antérieurs illustrent ce décalage puisque la Src a réussi à recouvrer près de 17 milliards de Fcfa en 2023, une performance exceptionnelle par rapport aux années précédentes, mais les montants récupérés dans le cadre des procédures de restitution de fonds liés à la corruption ont reculé en 2024, avec une contribution directe estimée à 3,4 milliards de Fcfa au Trésor. Parallèlement, les arriérés publics globaux restent élevés, avoisinant 330 milliards de Fcfa, ce qui accentue la pression sur la trésorerie de l’État.

Identifier des avoirs dissimulés à l’étranger

 Ces contre‑performances s’expliquent en grande partie par la délocalisation des actifs, le recours à des montages juridiques complexes et la fuite de capitaux vers des juridictions étrangères peu coopératives. Pourtant dotée depuis 1993 du privilège du Trésor, qui lui confère un pouvoir étendu de poursuite sur les biens meubles et avoirs pécuniaires des débiteurs récalcitrants, la Src se heurte aux limites de l’action strictement nationale. Dans ce contexte, l’axe diplomatique de lutte contre l’évasion financière, l’évitement fiscal et le placement d’avoirs publics à l’abri des juridictions nationales devient une priorité stratégique pour l’exécutif camerounais.

La convention avec l’ambassade de France ouvre ainsi la voie à des actions coordonnées, pour suivre la trace des capitaux litigieux dans les systèmes financiers internationaux, interroger les circuits d’opacité et engager, lorsque nécessaire, des litiges transnationaux afin de rapatrier des actifs qui échappent à la juridiction camerounaise. En d’autres termes, la Src ne se contente plus de poursuivre les débiteurs récalcitrants au Cameroun. Elle s’attaque frontalement aux structures financières qui servent de refuge aux capitaux publics détournés ou impayés, une bataille essentielle pour restaurer l’intégrité des finances publiques et renforcer la souveraineté économique du pays.

A.A.

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