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Gouvernance: 25 départements sans ministre depuis plus de 7 ans

25 départements sans ministre depuis plus de 7 ans

Alors que le Cameroun compte 38 ministres avec portefeuille, 25 départements restent sans représentation gouvernementale depuis plus de sept ans, révélant une fracture institutionnelle préoccupante.

Le Cameroun, État unitaire décentralisé sur le papier, peine à incarner l’équité territoriale dans la composition de son gouvernement. Sur les 58 départements que compte le pays, 25 n’ont aucun ministre depuis plus de sept ans. Certains n’ont même plus été représentés depuis deux décennies. Parmi ces départements nous avons, le Djerem, Faro-et-Déo, Mayo-Banyo, Mbere, Vina, Boumba-et-Ngoko, Faro,Mayo-Louti, Mayo-Rey, Bui, Donga-Mantung, Menchum, Boyo, Ngo-Ketunjia, Haut-Nkam, Hauts-Plateaux, Menoua, Mifi, Noun, Vallée du Ntem, Koupé-Manengouba, Lebialem, Manyu, Meme et le Ndian.

Ce déséquilibre criant dans la distribution des portefeuilles ministériels alimente un malaise croissant dans les régions marginalisées. La région de l’Adamaoua est devenue le symbole de cette mise à l’écart. Depuis plus de sept ans, aucun de ses départements n’a été représenté au sein du gouvernement. Une situation qui suscite l’indignation des populations locales. « Nous avons des cadres compétents, mais nous sommes systématiquement ignorés. C’est une injustice flagrante », déplore sous anonymat un chef traditionnel de Ngaoundéré. Cette absence prolongée de représentation est perçue comme un désaveu politique.

Centre et Littoral, les chouchous de la République

À l’opposé, les régions du Centre et du Littoral concentrent les faveurs du pouvoir. Chaque département y compte au moins un ministre. Le Centre aligne des figures de poids comme Joseph Beti Assomo, Gaston Eloundou Essomba, René Emmanuel Sadi, Laurent Serge Etoundi Ngoa, Henri Eyebe Ayissi, Pauline Irene Nguene, Gregoire Owona, Bidoung Mkpatt, Marie-Thérèse Abena Ondoa, Achille Bassilekin et Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du Commerce depuis 2004. Dans le Littoral, on retrouve des piliers comme Laurent Esso, ministre de la Justice, Lejeune Mbella Mbella, Mouelle Kombi et Jean Ernest Masséna Ngalle Bibehe, ministre des Transports.

Le Nord et l’Est, entre héritage et effacement

Le département de la Bénoué, dans la région du Nord, a longtemps été un bastion ministériel. Il comptait jusqu’à trois ministres, dont Bello Bouba Maïgari, ancien ministre d’État, et Issa Tchiroma Bakary, ex-ministre de l’Emploi et de la formation professionnelle. Leur départ du gouvernement a laissé un vide dans ce département. À l’Est, la disparition du ministre Gabriel Dodo Ndoke en janvier 2023 a réduit la représentation à deux ministres dont Joseph Le et François Wakata Bolvine.  Le ministère des Mines est désormais dirigé par Fuh Calistus Gentry, originaire du Nord-Ouest, ce qui a suscité des remous dans la région.

Sud et Sud-Ouest, déséquilibres criants

La région du Sud, pourtant peu peuplée, compte cinq ministres pour quatre départements. Parmi eux, Louis Paul Motaze, Jules Doret Ndongo, Minette Libom Li Likeng, Georges Elanga Obam, Jacques Fame Ndongo. Deux départements concentrent quatre portefeuilles, tandis qu’un autre reste sans représentant. Le Sud-Ouest, en revanche, ne compte qu’un seul ministre pour six départements, à savoir le ministre des Enseignements secondaires, Pauline Nalova Lyonga

L’Ouest et l’Extrême-Nord, entre frustration et résilience

Avec trois ministres pour huit départements, la région de l’Ouest reste sous-représentée malgré son dynamisme économique. L’Extrême-Nord, région la plus peuplée du pays, compte six ministres pour six départements, bien qu’un reste sans représentant. On y retrouve des figures comme Malachie Manaouda, ministre de la Santé publique, Dr Taïga, Helé Pierre, Alamine Ousmane Mey, Mounouna Foutsou et Ibrahim Talba Malla. Cette relative équitée est saluée, mais les disparités internes persistent.

Des ministres éternels au sommet

Quatre ministres occupent leur poste depuis 2004, incarnant une longévité politique rare. Il s’agit de Jacques Fame Ndongo à l’Enseignement supérieur, Hélé Pierre à l’Environnement, Madeleine Tchuinte à la Recherche scientifique et Luc-Magloire Mbarga Atangana au Commerce. Cette stabilité, perçue par certains comme un gage d’expérience, est dénoncée par d’autres comme un verrouillage du système. Le renouvellement de la classe dirigeante est une urgence démocratique. Rappelons que lors de la prestation de serment du président Paul Biya le 06 novembre dernier,le président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yeguie Djibril, lui avait solennellement remis un stylo, symbole des décrets à venir. Trois semaines plus tard, ce stylo semble toujours en veille.

Le pays attend un remaniement ministériel qui tarde à venir, malgré les appels pressants de la société civile et des partis politiques. Le Cameroun ne peut prétendre à l’unité nationale sans une gouvernance équitable. Le partage du pouvoir doit refléter la diversité du pays. Le prochain remaniement est perçu comme une opportunité historique de corriger les déséquilibres et de restaurer la confiance entre l’État et les citoyens. Il est temps que chaque camerounais se sente représenté, peu importe sa région d’origine. Le Cameroun est à la croisée des chemins. Le choix du président Paul Biya dans les prochains jours pourrait sceller le sort d’une République en quête d’équité ou raviver les tensions d’un pays à la représentativité inégalitaire.

Michel NONGA

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