
C’est l’objectif de la rencontre nationale organisée à Yaoundé jeudi 11 décembre 2025, par NewSeta, qui a réuni administrations publiques, acteurs de la société civile, hommes de médias autour de solutions concrètes pour renforcer la confiance, la participation citoyenne et la redevabilité publique.
Au cœur de la capitale politique, le Dialogue Société civile État édition 2025 a rassemblé responsables associatifs, défenseurs des droits humains, journalistes, chercheurs et représentants des ministères en charge de l’administration territoriale et des relations extérieures. Organisée par le Network for solidarity, empowerment and transformation for all (NewSeta ) avec l’appui du National endowment for democracy, la rencontre s’est imposée comme un espace d’échanges stratégiques sur l’avenir de la gouvernance participative au Cameroun. Dans son mot d’ouverture, le directeur exécutif de NewSeta, Derick Ndzi, a souligné la portée de l’initiative en déclarant que « le but de ce dialogue n’est pas d’assigner des responsabilités, mais de créer une plateforme constructive où les préoccupations peuvent être partagées ouvertement et où des solutions réalistes peuvent être identifiées ». Insistant sur le rôle structurant des organisations citoyennes, il a rappelé que la société civile demeure un acteur clé du développement communautaire, de la consolidation de la paix et de l’assistance aux populations vulnérables, notamment dans les régions affectées par les crises sécuritaires.
Les travaux ont été articulés autour de cinq groupes thématiques qui ont mis en évidence les principales fragilités du cadre actuel de collaboration entre l’État et la société civile. Les discussions sur le dialogue et la confiance ont révélé l’absence d’un cadre national formel de concertation et une méfiance persistante nourrie par un accès limité à l’information publique. À l’issue des échanges, les participants ont recommandé l’institutionnalisation d’une plateforme nationale permanente de dialogue et l’intégration des organisations citoyennes dans les processus de formulation des politiques publiques, une approche conforme aux standards de gouvernance inclusive promus par les Nations unies et l’Union africaine.
Les échanges sur la redevabilité et la participation citoyenne
L’accès à l’information et la transparence ont occupé une place centrale dans les débats. Les participants ont relevé des lacunes importantes concernant les données sur la gouvernance, les finances publiques, la lutte contre la corruption et les violations des droits humains. Dans un contexte où les institutions financières internationales soulignent que l’ouverture des données publiques améliore l’efficacité de l’action de l’État, les recommandations ont porté sur la digitalisation accrue de l’information à travers des sites institutionnels régulièrement mis à jour, des plateformes numériques et des applications accessibles aux citoyens. Les échanges sur la redevabilité et la participation citoyenne ont mis en avant la nécessité de transformer la culture administrative. « La société civile doit être perçue comme un partenaire et non comme une menace », ont insisté plusieurs participants, appelant à des mécanismes formels obligeant les administrations à répondre aux contributions citoyennes.
La création d’une plateforme nationale unique de transparence et la vulgarisation de budgets citoyens ont été proposées pour rapprocher les finances publiques des populations. Les obstacles juridiques et administratifs auxquels font face les organisations ont également été largement débattus. Les participants ont dénoncé la lourdeur des procédures d’enregistrement, les délais d’autorisation et les risques d’intimidation, en particulier pour les organisations engagées sur les questions de gouvernance. À ce sujet, Derick Ndzi a rappelé que « les restrictions de l’espace civique affectent non seulement le travail des organisations, mais aussi la santé de notre démocratie ». Les recommandations ont porté sur l’adoption d’un véritable système d’accès à l’information, la mise en place d’un guichet unique numérique pour les organisations et la protection des lanceurs d’alerte, journalistes et activistes.
Développement de partenariats durables
Les discussions sur la capacité et la durabilité des organisations ont mis en lumière des faiblesses internes liées à la coordination, à la gestion financière et à la dépendance aux financements extérieurs. Les solutions proposées incluent le renforcement des réseaux thématiques, la formation continue des leaders associatifs, la diversification des sources de financement et le développement de partenariats durables. En conclusion des travaux, le message central est resté constant. « Les solutions ne naissent pas de l’isolement mais du partenariat, et le partenariat commence par un dialogue honnête, respectueux et fondé sur les faits », a affirmé le directeur exécutif de NewSeta. En réunissant autour d’une même table l’État et la société civile, cette édition 2025 du Dialogue Société civile État s’affirme comme une étape majeure vers une gouvernance plus ouverte, plus participative et plus responsable au Cameroun.
Michel NONGA



