
Au cœur de l’effervescence de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 au Maroc, une silhouette immobile capte tous les regards dans les tribunes. Bras levé, silencieux au milieu des chants et des danses, Michel Kuka Mboladinga, surnommé « Lumumba », a fait des gradins un espace de mémoire vivante.
Supporter congolais des Léopards, sa présence est devenue l’une des images les plus marquantes et les plus commentées de cette Can, éclipsant parfois même le jeu sur la pelouse. L’histoire de Michel Kuka est singulière. Dans un costume soigné aux couleurs de son pays, souvent agrémenté d’une cravate et de lunettes, il se hisse sur un petit podium improvisé avant chaque rencontre, relève le bras droit dans une posture précise et demeure ainsi, sans mouvement notable, du coup d’envoi jusqu’au coup de sifflet final. Cette attitude n’est pas un simple geste de fan : elle est un hommage explicite à Patrice Eméry Lumumba, Premier ministre de la Rdc après son accession à l’indépendance en 1960 et figure emblématique de la lutte pour la liberté africaine. La posture de Michel Kuka reproduit fidèlement celle de la statue commémorative du héros national érigée à Kinshasa, une image de dignité et de résistance profondément ancrée dans l’imaginaire collectif congolais.
Un hommage à un héros national dans les tribunes
Dans l’effervescence joyeuse des stades de Rabat, Tanger ou Casablanca, où les tambours résonnent et les voix s’élèvent en chœur, la silhouette immobile de “Lumumba” tranche avec la liesse ambiante. Là où d’autres supporters agitent des drapeaux, jurent et chantent, Michel Kuka incarne une forme de recueillement et de respect. Sa démarche, qu’il répète depuis plusieurs années et qu’il a portée jusque dans les plus grands rendez-vous sportifs, prend une dimension toute particulière dans le cadre d’un tournoi continental qui célèbre non seulement le football mais aussi l’identité et la fierté des nations africaines. En s’inspirant explicitement de la mémoire de Lumumba, il transforme chaque match en espace symbolique où se croisent passion sportive et hommage à l’histoire politique de son pays. Les images de cet homme immobile pendant 90 minutes ou plus ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux et dans les médias internationaux.
Lors du match décisif contre le Botswana, où la Rdc s’est imposée 3-0, la performance de Michel Kuka a été saluée comme un acte de patriotisme et de dévotion extraordinaire, au point que certains supporters ont manifesté leur admiration en le filmant, tandis que d’autres commentateurs soulignaient l’endurance nécessaire pour tenir une telle pose même lorsque le jeu s’intensifie ou que les prolongations s’ajoutent au temps réglementaire. Ce rituel silencieux semble fasciner autant qu’un but spectaculaire, car il incarne une certaine idée de la détermination et du respect d’un héritage, inscrivant ainsi la figure de ce supporter hors du commun dans la mémoire collective de la Can 2025.
Pont entre le présent et le passé profond d’un pays en quête de repères
Au-delà de l’hommage, l’ascension médiatique de Michel « Lumumba » Kuka Mboladinga soulève aussi une réflexion sur la manière dont le sport peut devenir un espace d’expression culturelle et historique. Dans un contexte où la mémoire des héros nationaux est parfois cantonnée aux livres d’histoire ou aux statues de pierre, le supporter immobile des Léopards replace cette mémoire au centre d’un événement populaire et universel. Il rappelle que le football, tout en étant un spectacle athlétique, est aussi un vecteur puissant d’émotions, d’histoires humaines et de symboles partagés. Ainsi, bien plus qu’un simple supporter, « Lumumba » devient une figure emblématique de la Can 2025, un pont entre le présent festif des tribunes et le passé profond d’un pays en quête de repères et de reconnaissance sur la scène internationale. Alors que la Rdc s’apprête à affronter l’Algérie ce soir en huitièmes de finale, nul doute que l’image de cet homme immobile restera gravée dans l’esprit des amateurs de football et des observateurs attentifs, symbole d’une passion qui dépasse les frontières du sport pour toucher à l’essence même de l’identité africaine.
Moustapha BACHIROU



