
Dans les régions du Nord et de l’Extrême-Nord du Cameroun, la chute vertigineuse des prix du maïs plonge des milliers de producteurs dans la détresse. Alors que les coûts de production n’ont jamais été aussi élevés, la vente à perte menace la survie des exploitations familiales et interroge sur les défaillances structurelles de toute une filière.
Le sac de maïs, qui valait encore près de 17 000 Fcfa il y a un an, se négocie désormais entre 8 000 et 10 000 Fcfa sur les marchés locaux. Cette dégringolade des prix, en pleine période de commercialisation, sonne comme un coup de massue pour des agriculteurs déjà étranglés par la flambée du prix des engrais et des semences. Le paradoxe est amer : dans un pays qui importe massivement pour combler son déficit céréalier, les cultivateurs nationaux ne parviennent plus à couvrir leurs frais.
Cette crise des prix n’est qu’un révélateur des profondes faiblesses d’un système agricole à la croisée des chemins. Le coût officiel pour produire un hectare de maïs avoisine les 430 000 Fcfa, un investissement colossal pour des rendements qui plafonnent autour de 1,8 tonne à l’hectare, bien en deçà du potentiel régional. Dans le même temps, près de 11% de la récolte nationale est perdue après la cueillette, faute de structures de stockage adaptées. Pire, des flux transfrontaliers informels draineraient chaque année des dizaines de milliers de tonnes de céréales hors du pays, désorganisant totalement le marché intérieur et privant les producteurs locaux de débouchés stables.
La colère et l’amertume dans les champs
Dans les villages, la désolation est palpable. Wanso Moussa, un producteur de la ville de Garoua, ne décolère pas : « Cette année, tout était réuni pour une bonne récolte. Mais à quel prix vendre ? Avec 10 000 francs le sac, je ne récupère même pas l’argent que j’ai avancé pour l’engrais. Nous sommes pieds et poings liés, obligés de brader notre travail pour pouvoir, peut-être, planter la saison prochaine. » Plus au nord, Aïssatou, cultivatrice près de Maroua, partage la même inquiétude pour l’avenir : « Nous parlons de souveraineté alimentaire, mais comment vouloir que nos enfants restent sur la terre quand le fruit de leur labeur ne les nourrit plus ? Aujourd’hui, vendre ma récolte, c’est signer ma perte. La faire pourrir, c’est aussi perdre. Nous n’avons plus le choix. »
Face à cette détresse, les appels à l’aide se multiplient vers les pouvoirs publics. Les producteurs exigent une intervention d’urgence pour encadrer les prix, faciliter l’accès à des intrants subventionnés et construire des unités de stockage. Des projets d’infrastructures, comme le corridor routier Ngati–Fébadi–Likok, financé à hauteur de 107 milliards de Fcfa, laissent entrevoir un espoir de désenclavement. Pour les agriculteurs en détresse, la route vers des prix justes et rémunérateurs semble cependant encore longue et incertaine. L’enjeu dépasse la simple crise conjoncturelle : c’est la pérennité du monde rural camerounais qui se joue dans les plaines du Nord.
Moustapha BACHIROU



