
Chercheurs, professionnels de la santé, acteurs culturels et membres de sa famille se sont réunis autour de la dédicace de l’«illustré narratif » qui retrace son histoire, faisant voyager sa mémoire et son héritage entre inspiration, transmission et émotion.
Il y’a des destins qui refusent de s’éteindre. Dix ans après sa disparition, Yaoundé a rendu hommage, le 21 novembre 2025, à l’un des grands bâtisseurs de la pharmacopée camerounaise à travers une Bande dessinée (Bd) exceptionnelle. « Un jour, un destin : la fabuleuse histoire de Denis Ekotto Mengata », préfacée par le président Paul Biya, plonge le lecteur dans la vie d’un homme qui a cru, toute sa vie, que la plante pouvait sauver des vies lorsqu’on savait l’écouter. À cette occasion, Muriel Eyanga Ekotto, deuxième enfant de Denis Ekotto Mengata et auteure de la bande dessinée, a pris la parole pour rappeler combien il est vital de savoir d’où l’on vient et de faire honneur à ses parents. Dans le fond, la Bd condense le parcours de son père, du Sud-Cameroun aux laboratoires de Lyon, entre nuits de travail acharné et rencontres décisives. Les récits de son oncle David Elle Evina, qui accueillit son père à son arrivée en France et d’autres proches ont alimenté son énergie pour honorer une vie de courage, de persévérance et de transmission.
Né le 5 mai 1933 à Evelessi, à 36 km de Sangmélima, Denis Ekotto Mengata perd son père à l’âge de trois ans. Soutenu par sa mère, il grandit avec la ferme détermination de devenir un grand homme. Ses études primaires et secondaires, menées à Foulassi puis au lycée technique de Koumassi à Douala, sont marquées par le travail acharné et l’excellence, qui lui permettent d’obtenir son baccalauréat en philosophie. En 1949, il part pour Nantes, en France, où il rencontre Elise Bruneau, sa future épouse. Il poursuit alors ses études de pharmacie au lycée Clémenceau, puis à l’Université Claude Bernard de Lyon, où il obtient son diplôme en 1963. De retour au Cameroun en 1964, marié et père de cinq enfants, il ouvre la pharmacie de Messa à Yaoundé, posant les bases d’une carrière exemplaire marquée par l’innovation et le service de son pays. Il complète son parcours académique en obtenant son doctorat en 1976 à Lyon.
Seul, on va vite, ensemble on va plus loin
Son parcours professionnel se distingue par de nombreuses responsabilités et distinctions. Il devient président du syndicat des pharmaciens de 1966 à 1967, puis président de l’Ordre des pharmaciens de 1977 à 1985. Entre 1986 et 1990, il préside le club de football Colombe de Sangmélima. En 1987, il fonde les laboratoires Labothera, qu’il dirige jusqu’à son décès. En 1989, il dépose un brevet international à l’Oapi pour l’isolement d’une molécule extraite d’un arbre de sa forêt natale et met sur le marché le médicament Hepasor, destiné à soigner les hépatites virales. Il devient ensuite président de l’Association des inventeurs camerounais de 1990 à 2004, puis président de la Commission nationale du médicament de 1999 à 2015.
Muriel rappelle combien son père aimait répéter : « Seul, on va vite, ensemble on va plus loin », une devise qui a guidé toute sa vie. En bref, la cérémonie de dédicace a été un moment fort, où émotion et fierté se mêlaient. C’était la célébration d’un héritage familial et national, la reconnaissance d’un homme qui a marqué son pays et le monde par son engagement, ses connaissances et sa volonté inébranlable. « Il faut toujours réaliser ses rêves pour ne jamais regretter, afin que nos enfants et petits-enfants se souviennent et n’oublient jamais l’histoire de celui qui a tracé sa route avec courage et amour », conclut l’auteure.
Axel ABANDA



