
Alors que la Caf et la Fifa ont rapidement condamné la protestation sénégalaise, de nombreux incidents et irrégularités, impliquant parfois le pays hôte, restent ignorés.
Au lendemain de la finale, la Caf a fustigé « le comportement inacceptable de certains joueurs et officiels sénégalais ». Gianni Infantino, président de la Fifa, a repris ce ton, dénonçant des « scènes inacceptables » et appelant au respect des arbitres et à l’esprit du jeu. Pourtant, cette réaction se concentre exclusivement sur la contestation sénégalaise suite au penalty accordé au Maroc, sans jamais évoquer les incidents marocains ou les décisions arbitrales controversées survenus tout au long de la compétition. Égypte, Algérie, Tanzanie, Mali, Comores, Tunisie et Bénin ont, tour à tour, exprimé leur incompréhension face à la Var défaillante, aux fautes ignorées et aux conditions de sécurité parfois défaillantes. La lecture tronquée des faits laisse penser que la sanction vise uniquement les conséquences et non les causes.
Arbitrage et Var : un fil rouge de polémiques
Dès le premier tour, l’arbitrage a été au cœur des débats. Penalties généreux, fautes ignorées et décisions contradictoires se sont accumulés. L’exemple du match Bénin-Rdc illustre ce malaise : l’arbitre n’a pu recourir à la Var pour examiner une faute de Chancel Mbemba, la technologie étant « indisponible ». D’autres incidents similaires ont été observés : faute de main nigériane sur un centre algérien non sanctionnée, Bryan Mbeumo fauché sans recours à la Var face au Maroc, ou encore l’attaquant tanzanien accroché en huitième de finale resté impuni.
Sentiment d’arbitrage accommodant ignoré
Sans contester les qualités sportives des Lions de l’Atlas, certaines décisions ont nourri le soupçon d’un arbitrage protecteur autour du pays hôte. Du penalty contre les Comores à l’indulgence face au Mali, jusqu’aux fautes ignorées contre la Tanzanie, l’accumulation de choix controversés a fragilisé la crédibilité de la compétition. Ironie du sort : le Maroc aurait pu s’imposer sans l’ombre de la VAR sur le terrain, mais les décisions contestables ont détourné l’attention de la performance sportive.
Les serviettes du gardien et des surréalistes
La finale a offert des images inédites : la serviette d’Édouard Mendy confisquée par les stadiers, l’intervention du troisième gardien Yehvann Diouf pour la protéger, et des officiels courant derrière des joueurs. Ces scènes n’étaient pas isolées : en demi-finale Nigeria-Maroc, la serviette du gardien Wabali avait également été saisie. La sécurité dans les stades a souvent été problématique, avec supporters agressifs, jets de projectiles, lasers et provocations. L’incident le plus grave reste le jet d’une banane en direction du gardien nigérien Stendley N’wabali, geste raciste passé sous silence. À cela s’ajoute une billetterie opaque, des tribunes paradoxalement vides et un accès discriminatoire pour certains supporters, comme ceux d’Algérie.
Gianni Infantino a condamné les incidents mais n’a jamais abordé la question de l’arbitrage et de la Var. De son côté, la Caf, en publiant un communiqué à charge uniquement contre le Sénégal, est perçue comme juge et partie, laissant planer le doute sur sa neutralité. La formation des techniciens Var, les désignations arbitrales et la nomination d’officiels marocains pour des matchs sensibles auraient mérité davantage de transparence.
Moustapha BACHIROU



