
À l’aube des grandes assises des Universités d’Afrique et de la Diaspora (UAD), prévues du 17 au 19 décembre 2025 à Marrakech, le continent vit à l’heure de la montée en puissance de l’intelligence artificielle (IA), désormais pensée non plus comme le privilège des grandes puissances, mais comme un enjeu stratégique que l’Afrique s’apprête à embrasser. Une série de masterclass lancées à Yaoundé la semaine prochaine ouvre la voie à ce sommet, avec l’ambition de transmettre à une nouvelle génération les clés pour comprendre et dompter cet écosystème numérique en pleine expansion.
L’IA est présentée comme une réponse possible à plusieurs défis structurels : productivité, inclusion, services publics, développement. Autant de promesses qui, si elles s’accompagnent d’une réelle volonté politique, d’un engagement citoyen et d’une régulation adaptée, pourraient redessiner l’avenir du continent. L’intelligence artificielle peut jouer un rôle décisif dans la transformation de secteurs vitaux — santé, agriculture, éducation, administration — en offrant des outils plus rapides, plus précis et plus accessibles. Des voix institutionnelles, dont celle de l’Union africaine (UA), insistent sur la nécessité d’en faire une priorité stratégique, appelant les États membres à investir dans les infrastructures numériques, former les talents locaux et produire des données conformes aux réalités africaines. Dans plusieurs pays, les initiatives se multiplient et illustrent déjà l’impact potentiel de l’IA : optimisation des systèmes de santé, automatisation des processus agricoles, amélioration de l’accès à l’éducation et aux services publics, modernisation administrative. À l’horizon 2030, certains rapports anticipent des retombées économiques majeures — plusieurs centaines de milliards de dollars, une montée en compétences significative, et une insertion accélérée des jeunes dans l’économie numérique.
L’Uad, en réunissant des experts venus de l’univers académique, technologique, médiatique, sanitaire ou encore de la cybersécurité, offre une plateforme unique pour poser les bases d’une stratégie africaine de l’IA pensée selon les besoins du continent. Parmi les intervenants confirmés figurent Alice Fomen, universitaire ; Ilham Oton, ingénieure en cybersécurité ; Razi Miliani, spécialiste de l’IA générative appliquée à la santé ; et Alain Belibi, journaliste et coordinateur des conférences — un panel représentatif d’un dialogue transversal mêlant technologie, société, développement et gouvernance.
Entre inégalités, infrastructures et souveraineté
Malgré les perspectives enthousiasmantes, l’intégration de l’IA en Afrique reste entravée par de profondes limites structurelles. Le déficit d’infrastructures numériques fiables — connectivité, centres de données, approvisionnement électrique — demeure l’un des obstacles les plus lourds. Le continent souffre aussi d’un manque criant de talents spécialisés : peu de pays disposent d’ingénieurs et de chercheurs formés à l’IA, et l’exode des compétences vers les pays du Nord continue de fragiliser les capacités locales. S’ajoutent à cela les défis liés à la collecte, à la qualité et à la disponibilité des données, à la mise en place de cadres réglementaires adaptés, ainsi qu’aux risques de reproduire ou d’aggraver certaines inégalités si l’IA n’est pas développée de manière inclusive et responsable.
Moustapha BACHIROU



