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Justice: 150 magistrats en retraite bloquent le système judiciaire

La non-convocation du Conseil supérieur de la magistrature depuis plus de six ans plonge les tribunaux dans une crise profonde, retardant l’intégration de 300 jeunes magistrats et aggravant les retards dans l’administration de la justice.

Le système judiciaire camerounais traverse une crise sans précédent. Depuis six ans, le Conseil supérieur de la magistrature reste inactif, paralysant la gestion des carrières, la discipline et l’intégration des magistrats. Nkongho Felix Agbor connu sous le nom Agbor Balla alerte que cette situation représente « un grave manquement institutionnel avec des conséquences lourdes pour l’État de droit, l’indépendance judiciaire et la confiance du public dans la justice ». L’une des conséquences les plus préoccupantes de cette inaction est le retard dans l’intégration des magistrats diplômés de l’École nationale d’administration et de magistrature (Enam) depuis six ans. Ces 300 jeunes magistrats ne peuvent prêter serment ni traiter de dossiers.

Le blocage entraîne un vide dans les tribunaux, aggravant les retards de traitement des affaires et la détention prolongée de justiciables, comme le soulignent plusieurs observateurs du secteur judiciaire cités par des médias locaux et des plateformes d’informations juridiques. La pénurie de magistrats force des tribunaux à fonctionner avec un effectif réduit et à recourir à des nominations dont la légalité est contestée. « Des juges ont été nommés pour siéger dans certaines cours administratives sans l’avis du Conseil supérieur de la magistrature, pourtant seul habilité à nommer et transférer des magistrats », dénonce la déclaration de Nkongho Felix Agbor. Cette situation fragilise l’administration de la justice et ouvre la voie à l’arbitraire et à l’impunité.

150 magistrats retraités toujours en poste

À cela s’ajoute une situation qualifiée de « gerontocratie » par les juristes : environ 150 magistrats ayant atteint l’âge de la retraite depuis plus de cinq ans continuent d’exercer, tandis que près de 300 jeunes diplômés restent dans l’attente de leur intégration. Ce décalage crée des injustices et compromet la légitimité des décisions judiciaires. « La non-intégration des magistrats formés alors que les tribunaux manquent de personnel est irrationnelle et nuit gravement à l’efficacité de la justice », insiste Nkongho Felix Agbor. L’inactivité prolongée du Conseil supérieur de la magistrature a des implications politiques et démocratiques majeures.

Le silence autour de ce dysfonctionnement reflète selon les experts « une érosion dangereuse de la gouvernance institutionnelle ». Pour les citoyens, les conséquences sont visibles : justice retardée, tribunaux inefficaces et confiance en chute libre. « Le Conseil supérieur de la magistrature doit être convoqué en urgence pour régulariser l’intégration des magistrats, pallier les manques dans les tribunaux, restaurer la responsabilité et préserver l’indépendance de la justice », conclut la déclaration. Le Cameroun ne peut prétendre défendre l’État de droit tant qu’un des piliers de la gouvernance judiciaire reste inactif depuis six ans. L’heure de l’action est désormais venue.

Franck ESSOMBA

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