
Député depuis 52 ans et président de l’Assemblée nationale depuis 33 ans, le vétéran politique a livré un discours incohérent et hors sujet hier lors du meeting de campagne de Paul Biya au stade Lamido Yaya Daïrou.
Ancienneté, prestige, loyauté. Cavaye Yeguie Djibril incarne depuis plus d’un demi-
siècle la continuité institutionnelle au Cameroun. Député depuis 1973 et président de
l’Assemblée nationale depuis 1992, il est l’un des piliers du régime du président Paul
Biya. Mais hier, 7 octobre 2025, au stade Lamido Yaya Daïrou de Maroua, c’est un
tout autre visage qu’a offert le président de la Commission régionale de campagne du
Rdpc pour l’Extrême-Nord.Le meeting, censé marquer la première sortie du candidat
du Rdpc depuis le début de la campagne présidentielle, a été éclipsé par une
intervention troublante de Cavaye. Le discours avait pourtant bien commencé, avec
des appels à l’unité et au vote discipliné. « Nous sommes en politique, nous ne sommes pas
venus ici pour tuer les bœufs. Nous sommes venus vous dire de voter avec le bulletin blanc, les autres bulletins, déchirez-les », a-t-il lancé. Puis, progressivement, le ton s’est brouillé, les idées se sont emmêlées. Cavaye s’est mis à enchaîner des phrases sans lien direct avec
l’événement du jour. « Votez à l’unisson pour le chef, c’est le chef qui va emmener les enfants à l’école, c’est le chef qui va emmener les enfants chez les parents. Madame, demandez aux enfants d’aller à l’école », a-t-il déclaré.
Et de poursuivre, « tous les matins. Chers camarades, chers Camarades, celui qui vient de me parler, c’est mon collaborateur. Il est avec moi tous les jours au bureau. C’est mon directeur de cabinet. Si vous ne voulez pas me dire, ou écouter ce que je vous dis, écoutez-le. Vous allez à l’école. Au lieu d’aller à l’école, vous allez dans un bar. Chers camarades, je vous dis, je vous dis, à l’école de chez moi, j’achète les cahiers, j’achète les bic, j’achète tout ce qu’il faut pour les enfants. Alors, oui, oui, chantez, chantez. Vous les enfants, vous les enfants qui ne voulez pas aider vos enfants, chantez.
» Face à l’incohérence croissante, son directeur de cabinet est intervenu pour lui
retirer la parole, mettant fin à une séquence qui a jeté un froid sur l’assemblée. Ce
dérapage verbal, survenu en pleine campagne électorale, soulève des interrogations sur
la capacité du Rdpc à renouveler ses figures et à maintenir une communication
cohérente dans une région où le parti n’est plus maître absolu.
L’écharpe tricolore de la discorde
L’Extrême-Nord, longtemps considérée comme la « fille aînée du Renouveau », est
désormais disputée par le Fsnc d’Issa Tchiroma, l’Undp de Bello Bouba, tous deux
candidats à l’élection présidentielle du 12 octobre. Le Rdpc y fait face à une érosion de
son influence, accentuée par des promesses non tenues et une mobilisation en baisse.
Autre fait marquant du jour : Cavaye Yeguie Djibril arborait l’écharpe tricolore aux
couleurs nationales. Or, selon l’article 5 du décret n°2020/381 du 13 juillet 2020, cette
écharpe ne peut être portée avec les symboles d’un parti politique. Mais à Maroua,
hier, c’est le malaise d’un vétéran politique qui a dominé les conversations. Cavaye
Yeguie Djibril, autrefois figure d’autorité, a montré les signes d’un système à bout de
souffle. Le monde a vu un homme d’État s’égarer sous les projecteurs, dans un
moment qui restera comme l’un des plus déroutants de la campagne présidentielle
2025.
Michel NONGA



