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Le temps d’agir, c’est maintenant: Chronique sur l’urgence d’une refondation nationale

On m’a récemment reproché d’être candide parce que j’appelle au dialogue entre forces politiques. Comme si dialoguer était une faiblesse. Comme si écouter était une concession. Comme si le pouvoir, fort de son éternel « rapport de force », n’avait aucune raison d’entendre autre chose que sa propre voix. C’est l’erreur classique des systèmes qui ont trop gagné : on finit par croire qu’on est lucide parce qu’on est fort, et visionnaire parce qu’on a 53,66 %. Mais, spoiler alert : ce n’est pas ça la grandeur. C’est justement quand on a gagné qu’il faut ouvrir le jeu. Un mandat qui démarre a besoin d’une trajectoire, pas d’un cérémonial. L’histoire ne retient pas ceux qui écrasent leurs adversaires — seulement ceux qui élèvent leur pays. Le Cameroun, lui, a besoin d’être relevé. Urgemment.

I. Le pays se fissure — et tout le monde le voit

Nos communautés se regardent comme des voisins qui ont oublié pourquoi ils s’aimaient. L’économie tourne au ralenti, le chômage dévore nos forces vives, et l’espoir se fait rare — parfois même absent. On peut saluer la nomination d’une femme avocat général à la Cour suprême : c’est bien. Mais un geste isolé n’est pas une politique. C’est un petit lampadaire dans un tunnel encore sombre. Les Camerounaises n’attendent pas une décoration. Elles veulent l’égalité professionnelle, un vrai accès au crédit, une visibilité politique réelle. Quant à la jeunesse… elle ne rêve plus. Elle négocie sa survie dans un marché où la débrouille a remplacé l’ambition. Sept jeunes sur dix sont sous-employés — et les trois autres ne sont pas tranquilles. Quand un pays laisse son espoir s’évaporer par la base, il court vers l’instabilité. C’est scientifique.

II. Le courage du dialogue : ceux qui l’ont essayé n’ont jamais regretté

Mandela, plutôt que de faire payer, a préféré faire avancer. Le Ghana, plutôt que de durcir, a choisi de stabiliser par l’intelligence institutionnelle. Ces pays n’avaient pas peur du dialogue. Ils avaient peur de stagner. Le Cameroun doit faire ce choix — et le faire vite. Et ce choix pourrait prendre la forme d’un acte fondateur du septennat : l’Initiative Cameroun 2030.

III. L’Initiative Cameroun 2030 : l’ingénierie de la rupture

On ne parle pas ici d’une conférence nationale folklorique, avec tapis rouge et conclusions oubliées dès la sortie de l’hôtel. On parle d’une Task Force nationale, mandatée, contrôlée, limitée dans le temps, et concentrée sur :

* solutions concrètes,

* mesurables,

* financées.

Un acte de grandeur. Un geste d’espérance. La preuve que le pays peut passer de la politique du réflexe à celle du résultat. Car soyons honnêtes : le Cameroun n’a pas un problème de diagnostic. Il a un problème de courage. Nous ne partons pas de rien. Des tentatives louables, comme le Plan Triennal Spécial Jeunes, ont existé. Mais la défaillance est dans l’exécution : l’enveloppe de 102 milliards de FCFA promise a abouti à seulement environ 19 milliards décaissés sur plusieurs années, réduisant les effets positifs à la portion congrue. Le problème n’est plus l’idée, mais l’exécution et le suivi. Lapiro demandait: « Na who go pay? » Réponse : nous tous — pas en argent, mais en discipline collective.

Trois objectifs clairs :

1. Former pour insérer : Centres de formation accélérée → 50 000 jeunes insérés en cinq ans.

2. Libérer l’entrepreneuriat : Passeport Jeune Entrepreneur → 150 000 entreprises formalisées, pour 450 000 emplois potentiels.

3. Accompagner sérieusement : Un système national de suivi → insertion passant de 30 % à 60 % en trois ans.

IV. Financer l’Initiative Cameroun 2030 : des pistes concrètes et multiples

Financer cette ambitieuse initiative ne relève pas de la magie, mais d’une mobilisation audacieuse et intelligente des ressources.

1. Récupérer l’argent volé : À l’image du Nigeria et de ses “Abacha Loots”, il faut mettre en place une amnistie financière encadrée, destinée à rapatrier les fonds détournés et à les réinvestir dans le Fonds Souverain Jeunesse & Innovation. Cette démarche exige, pour sa crédibilité, une garantie d’indépendance des organes de contrôle et de la justice, assurant que ces fonds ne seront pas à nouveau siphonés.

2. Mobiliser la diaspora : S’inspirer du Sénégal (Fonsis) ou de l’Éthiopie pour créer des fonds d’épargne dédiés à la diaspora, afin de financer directement des projets porteurs d’emplois et d’innovation.

3. Contribution des entreprises extractives : Exiger une contribution sociale ciblée de la part des entreprises minières, forestières ou énergétiques, fléchée vers la formation et l’emploi des jeunes, à l’image du modèle rwandais.

4. Financement numérique et de Flux (Hors Fiscalité Classique) : L’innovation passe par une micro-taxe dédiée sur les transactions de mobile money ou l’utilisation massive de la bande passante (data), ainsi que sur les produits de luxe importés. Ces prélèvements très faibles sur des flux à fort volume génèreraient des ressources substantielles, exclusivement affectées aux projets jeunesse, sans alourdir la pression fiscale sur les ménages.

5. Partenariats Public-Privé (PPP) : Mobiliser les grandes entreprises camerounaises (banques, télécoms, industries) pour cofinancer des centres de formation et des incubateurs.

6. Rationalisation des dépenses publiques : Un audit rigoureux des budgets et la lutte renforcée contre la fraude fiscale permettraient de dégager des économies à réinvestir dans l’Initiative.

7. Valorisation des actifs publics : Les biens immobiliers et terrains inexploités du pays peuvent être mis en valeur par des concessions ou locations encadrées pour générer des ressources supplémentaires.

8. Monétisation du Carbone et Fonds Verts : Le Cameroun doit capter les financements internationaux dédiés à la transition écologique. Cela inclut la monétisation des crédits carbone liés à la préservation des forêts pour financer l’innovation dans l’agro-industrie durable et les énergies renouvelables.

9. Crowdfunding et innovation sociale : Mobiliser la société civile à travers des campagnes nationales de financement participatif pour renforcer le sentiment d’appartenance au projet.

Ce bouquet de solutions n’est pas un catalogue d’espoir, c’est un plan d’action. Le Cameroun a les ressources. Il lui manque la volonté. Et surtout, le courage.

Conclusion

Le Cameroun n’a pas besoin de plus de force. Il en regorge déjà : dans ses uniformes, dans ses discours, dans sa bureaucratie. Ce qu’il lui manque, c’est le seul ingrédient qui transforme un pays : la vision. La victoire électorale n’est pas un trophée : c’est une responsabilité. Elle sera jugée – par la jeunesse, par les femmes, par les territoires oubliés. L’Initiative Cameroun 2030 pourrait être le premier acte d’un chef d’État qui choisit d’entrer dans l’histoire autrement que par la longévité. Celui qui transforme son mandat en tournant national. Celui qui décide que la réconciliation, l’innovation et l’espoir valent mieux que les calculs et les vieilles méthodes. Cette réconciliation doit être ancrée dans la justice et la transparence pour être durable. Le moment de grandeur est maintenant. Pas demain. Ce pays n’attend qu’une chose : qu’on lui redonne une raison d’y croire. Le Cameroun mérite mieux. Et cette fois, il n’attend plus.

*Écrivain, président du think tank « Le Pont de Convergence »

Par Cyrille TCHAMBA*

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