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L’État reprend Eneo:Les délestages vont-ils réellement prendre fin ?

L’État a racheté 95 % du capital d’Eneo pour 78 milliards de Fcfa, relançant les espoirs de réforme du secteur électrique, mais aussi les doutes sur la fin réelle des coupures.

C’est au ministère des Finances que s’est scellée, hier, mercredi 19 novembre, une opération que le gouvernement présente comme un tournant pour le secteur énergétique national. L’État du Cameroun a signé l’accord de sortie du fonds britannique Actis du capital d’Eneo, reprenant ainsi 95 % des parts pour un montant de 78 milliards de Fcfa. Cette reprise met fin à une concession qui devait initialement s’achever en 2030. « Cette signature marque la reprise effective du contrôle d’Eneo par l’État du Cameroun. C’est une étape indispensable pour engager les réformes d’urgence nécessaires à la stabilisation du secteur électrique », a déclaré le ministre de l’Eau et de l’énergie, Gaston Eloundou Essomba, à l’issue de la cérémonie. Mais cette opération suffira-t-elle à mettre fin aux délestages chroniques qui affectent les ménages et les entreprises depuis des années ? Rien n’est moins sûr. Le ministère de l’Eau et de l’énergie (Minee) a reconnu que le secteur est fragilisé par un déséquilibre financier profond, à l’origine de retards de paiement aux producteurs comme Nachtigal, Kribi et Memve’ele, de tensions avec Sonatrel, et de difficultés opérationnelles persistantes.

 Le barrage de Nachtigal, mis en service en mars 2025, injecte 420 Mw dans le réseau interconnecté Sud, soit environ 30 % de la capacité nationale. Kribi fournit 216 Mw et Memve’ele, 211 Mw.  Pourtant, malgré cette puissance installée, les coupures persistent. Pourquoi ? Parce que la production ne fait pas tout. Le transport de l’électricité, assuré par Sonatrel, souffre de goulots d’étranglement, de lignes vétustes et de postes de transformation saturés. La distribution, désormais sous contrôle de l’État via Eneo, reste tributaire de cette chaîne technique. Et la demande, en constante augmentation, dépasse souvent les capacités disponibles aux heures de pointe. Le politologue Moussa Njoya a vivement réagi à l’annonce du rachat sur sa page Facebook. « Eneo n’est que le dernier maillon d’une longue chaîne composée des intervenants composites tels que Edc, Sonatrel Kpdc, Dpdc, Nhpc, Hydro Mekin. Ce sont ceux-ci qui sont les plus déterminants et les plus problématiques dans la disponibilité ou pas de l’énergie électrique au Cameroun », a-t-il écrit. Et de poursuivre, « nationaliser Eneo sans maîtriser l’ensemble de ces acteurs, c’est de la pure folie… de la pire fumisterie. »

Les délestages risquent de perdurer

Le gouvernement a présenté un plan prioritaire pour redresser le secteur. Il comprend le refinancement de la dette d’Eneo, la discipline de paiement, « tout le monde doit payer sa facture, y compris les entités publiques »  et l’élargissement de la base des clients industriels, avec 150 Mw de demande supplémentaire attendus en 2026, soit 50 milliards de Fcfa de revenus additionnels.La lutte contre la fraude, qui représente près de 15 % du système, soit environ 60 milliards de Fcfa par mois, est également au cœur des priorités. Le gouvernement prévoit la généralisation des compteurs, la normalisation des branchements et des contrôles renforcés.Mais ces mesures, bien que nécessaires, ne répondent pas à la question centrale: quand les camerounais auront-ils un accès stable et continu à l’électricité? Tant que les infrastructures de transport ne seront pas modernisées, que les producteurs ne seront pas payés à temps, et que la gouvernance du secteur restera morcelée, les délestages risquent de perdurer.Le rachat d’Eneo est présenté comme un acte de souveraineté énergétique. Il permet à l’État de reprendre la main sur un levier stratégique, de sécuriser les investissements et de mieux orienter les politiques publiques. Mais il ne constitue qu’un début. La Sonel, entreprise publique intégrée qui gérait autrefois la production, le transport et la distribution, n’a pas été reconstituée. Le modèle actuel reste éclaté, avec des responsabilités partagées entre plusieurs entités aux intérêts parfois divergents. La signature du 19 novembre est donc un signal politique fort, mais pas une garantie technique. La fin des délestages ne viendra que d’une réforme globale, d’une coordination renforcée entre les acteurs, et d’un investissement massif dans les infrastructures. En attendant, les camerounais devront encore composer avec l’incertitude de l’éclairage quotidien.

Michel NONGA

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