
Formés comme auditeurs libres dans les Ens et Enset, des centaines de jeunes diplômés réclament leur intégration dans la Fonction publique pour pallier la pénurie d’enseignants.
Depuis 2023, les Écoles normales supérieures (Ens) et les Écoles normales supérieures de l’enseignement technique (Enset) ont vu leurs concours d’entrée suspendus. Pour maintenir l’activité de ces institutions, des centaines de jeunes ont choisi de s’y inscrire en tant qu’auditeurs libres. Ces étudiants ont suivi les mêmes programmes, avec les mêmes enseignants et les mêmes exigences académiques que leurs camarades dits « réguliers », mais sans bénéficier du statut officiel ni d’une garantie d’intégration dans la Fonction publique. Dans une motion adressée au président de la République, ces diplômés expriment leur frustration et leur espoir. « Nous avons intégralement et chèrement financé notre formation, démontrant ainsi notre motivation exceptionnelle, notre résilience et notre profond désir de servir la nation », écrivent-ils. Leur engagement s’inscrit dans le cadre de la résolution d) de la Circulaire Nº 22-03108/L/Minesup-Minfopra du 19 mai 2022, qui prévoyait la séparation entre la formation et l’intégration à la Fonction publique.
Le Cameroun fait face à une pénurie croissante d’enseignants. Selon la note d’information N° 000816/NI/Minfopra/Cab du 10 décembre 2024, plus de 4.027 agents publics ont été révoqués ou licenciés, dont une majorité d’enseignants. La situation s’est aggravée avec 232 révocations supplémentaires en mars 2025, portant le total à 4.556 départs. À cela s’ajoutent les désistements massifs vers le Canada et les départs à la retraite, qui creusent davantage le déficit de personnel qualifié dans l’enseignement secondaire. Les auditeurs libres se présentent comme une réponse pragmatique à cette crise. « Si le concours direct pour l’année 2025-2026 devait être lancé, il faudrait attendre au moins deux à trois ans pour disposer des premiers enseignants prêts à l’emploi », rappellent-ils. Leur intégration immédiate permettrait de combler les vides sans délai, tout en valorisant leur formation et leur sacrifice.
Transformer une frustration en une espérance éclatante
Le collectif des auditeurs libres ne demande pas une faveur, mais une reconnaissance légitime. Leur formation, autofinancée dans des conditions difficiles, témoigne d’un engagement citoyen rare. « Nous sommes aujourd’hui des enseignants et des conseillers d’orientation compétents, dotés d’une formation reconnue et prêts à servir », affirment-ils. Leur insertion dans la Fonction publique incarnerait un acte fort du « plan spécial de promotion de l’emploi des jeunes » porté par le chef de l’État. Cette jeunesse formée, motivée et disponible incarne une ressource précieuse pour le Cameroun. En les intégrant, le gouvernement transformerait une frustration en une espérance éclatante, celle d’une jeunesse enfin responsabilisée et active.
Dans leur lettre, les diplômés auditeurs libres s’adressent directement au président Paul Biya, saluant sa vision d’un Cameroun émergent et son engagement à créer « de nouvelles opportunités d’emplois en faveur des jeunes ». Ils concluent avec respect et détermination. « Forts de votre légendaire magnanimité, nous vous serons infiniment reconnaissants des mesures que vous prendrez pour notre insertion dans la Fonction publique », poursuivent-ils. Alors que le monde célèbre la Journée internationale des droits de l’enfant, leur appel résonne comme un cri de justice sociale. Ces jeunes ne demandent qu’à servir leur nation. Le Cameroun peut-il se permettre de les ignorer encore longtemps ?
Michel NONGA



