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Manœuvres: Que cache la libération de Calvin Aba’a Oyono ?

Libéré sous garant des geôles du Secrétariat d’État à la défense (Sed) après quarante jours de garde à vue le vendredi, 5 décembre, l’enseignant de Droit public connaît un destin des plus ahurissants.

Dominique Djeukam Tchameni a été inculpé et écroué à la prison principale de Yaoundé. Alors que le premier avait été embastillé le 25 octobre, puis conduit dans les geôles du Sed, le second avait été arrêté le 24 octobre à Douala, conduit dans le groupement territorial de de la gendarmerie de Besseke, puis déporté au Sed à Yaoundé.  Entre autres charges retenues contre ces alliés politiques de l’Union pour le changement gardé à vue au Sed « insurrection, hostilité contre la patrie, propagation de fausses nouvelles et rébellion ». En dépit des infractions retenues contre les trois alliés politiques (Anicet Ekane, Dominique Djeukam Tchameni, Jean Calvin Aba’a Oyono), l’un est passé de vie à trépas le 1er décembre. Sa dépouille a été transférée à la morgue de l’hôpital central de Yaoundé. Le président du Mdi a été inculpé et écroué à la prison principale de Yaoundé tandis que Aba’a Oyono, l’universitaire et conseiller politique de Mamadou Mota, président national par intérim du Mrc, a été libéré sous garant. Depuis la libération de cet enseignant de Droit public, des voix s’élèvent pour décrier la tribalisation du combat politique.

Des observateurs de la scène politique camerounaise estiment que le fait, pour Aba’a Oyono, de recouvrer, aujourd’hui, sa liberté alors que Djeukam Tchameni est conduit à la prison principale de Yaoundé est un indicateur visant à jeter l’opprobre sur l’universitaire afin qu’on le taxe de traître, de détestable et qu’on le confine à l’isolement. Une militante du Mrc, réagissant, sans ambages, sur la toile, affirme : « En emprisonnant Djeukam Tchameni et en libérant Aba’a Oyono, l’idée qui transparaît est qu’on doit croire que l’universitaire a un bon nom et qu’on doit jeter le discrédit sur lui. L’enjeu, c’est de distiller l’argument qu’on ne doit plus bosser avec lui et, par extension, avec ceux qui portent pareil patronyme. Ils ont menti. On n’est pas dupe ».

Semer la peur, distiller l’horreur

Dans la même lancée, Me Christian Ntibane Bomo, avocat au barreau de Paris, pense que la libération de l’un et l’inculpation de l’autre participe « à rendre Aba’a Oyono impopulaire au sein de l’opinion publique, en le présentant comme un enfant du village bénéficiant des faveurs du régime de Yaoundé ». D’autres, plus critiques, clament que le régime de Yaoundé, dont les émissaires et thuriféraires sont à la manœuvre d’un tel procédé, veulent perpétuer la théorie de la division pour mieux régner. « Il faut donner l’impression d’être à l’écoute des cris de détresse, tout en maintenant l’image de fermeté et donner l’impression de ne pas plier face à la pression », explique Florentin Datewouo, chroniqueur judiciaire.

Une minorité d’analystes politiques ajoute à cette littérature que l’objectif du pouvoir central consiste à cliver les communautés culturelles camerounaises, à semer la division entre les Ekane et les populations de l’Ouest et à neutraliser les têtes pensantes, les figures de proue de la contestation post-électorale susceptibles de mobiliser les masses populaires, surtout qu’avec la mort en détention d’Anicet Ekane, président national du Manidem, la fièvre de la protestation post-électorale risque de reprendre droit cité si l’on n’y prend garde. Alors pour tiédir cette montée fulgurante des tensions, il est impératif de briser l’élan de la mobilisation, en emprisonnant, par exemple, Djeukam Tchameni, l’un des piliers de l’Union pour le changement 2025, ayant investi la candidature de Issa Tchiroma Bakary à l’élection présidentielle du 12 octobre. L’enjeu, au finish, est de continuer à semer la peur, distiller l’horreur et à propager la frayeur au sein des catégories sociales afin que bien de personnes et personnalités publiques baissent la garde en matière de contestation.

Serge Aimé BIKOI

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