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Marc Brys: « Je ne me laisserai pas faire »

Limogé par la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) à moins de trois semaines du coup d’envoi de la Can 2025, le désormais ex sélectionneur se refuse de se laisser faire, et réagi avec une virulence.

L’annonce est tombée le lundi 1er décembre, au lendemain de la réélection triomphale de Samuel Eto’o à la tête de la Fécafoot. Le Comité d’urgence de la fédération a décidé de «se séparer unilatéralement » de Marc Brys et de nommer l’entraîneur camerounais David Pagou pour le remplacer à la tête des Lions Indomptables, à seulement 20 jours du début de la Coupe d’Afrique des Nations au Maroc. Pour justifier ce timing pour le moins surprenant, la Fécafoot a émis une longue liste de onze griefs à l’encontre de l’entraîneur belge. Le conflit entre Marc Brys et Samuel Eto’o n’est pas une surprise. Il puise ses racines dans les conditions même de la nomination du sélectionneur en avril 2024. Brys avait été recruté unilatéralement par le ministère des Sports camerounais, une décision prise sans consultation préalable avec la Fécafoot. Cette ingérence de l’État a placé le technicien dans une position intenable dès son arrivée, le transformant en pion au cœur d’un duel institutionnel inédit entre le ministère et la fédération présidée par la légende du football Samuel Eto’o.

Les tensions ont éclaté publiquement à de multiples reprises, marquées par des échanges verbaux houleux et des accrochages répétés. La situation avait même conduit, en mai 2024, à la mise en place par Eto’o d’une équipe d’encadrement concurrente à celle de Brys. Une fragile trêve n’était intervenue qu’en octobre 2024, après un accord pour maintenir Brys en poste en lui adjoignant des techniciens locaux choisis par la fédération. La réélection d’Eto’o, avec un score écrasant de 85 voix sur 87, lui a offert la légitimité et la force politique nécessaires pour régler définitivement ce dossier qui l’irritait depuis des mois.

Les onze griefs de la Fécafoot : le procès d’un sélectionneur

Dans sa résolution officielle, la Fécafoot a dressé un réquisitoire détaillé contre Marc Brys, l’accusant d’une série d’actes d’« insubordination » ayant nui au fonctionnement de l’équipe nationale. Les reproches sont d’ordre administratif, communicationnel et disciplinaire. La Fédération lui reproche notamment le refus manifeste d’assister à des séances de travail qu’elle convoquait et le défaut de réponse à ses convocations. Elle l’accuse également d’avoir publié des listes de joueurs et organisé des conférences de presse sans son autorisation préalable, violant ainsi les procédures établies. Sur le plan opérationnel, Brys est critiqué pour son refus de communiquer ses programmes d’entraînement et les rapports techniques après les matches internationaux. Plus grave encore, la Fécafoot estime que le sélectionneur a mis en péril ses relations avec ses sponsors en ne respectant pas la charte marketing, et l’accuse même d’avoir « incité les joueurs à la défiance » vis-à-vis de l’institution.

Dans son communiqué, la fédération lie directement ces manquements à l’échec sportif majeur du mandat de Brys : la non-qualification du Cameroun pour la Coupe du monde 2026. Cette décision radicale s’est doublée d’un profond remaniement de l’effectif. Le nouveau sélectionneur David Pagou, en publiant sa première liste, a acté le départ de plusieurs cadres et proches de Brys, comme le gardien André Onana, l’attaquant Vincent Aboubakar et le défenseur Michael Ngadeu. Une purge interprétée comme un message fort d’Eto’o, qui avait déclaré après sa réélection : « Aucun joueur ne sera plus au-dessus du Cameroun. Aucun entraîneur ne sera plus au-dessus du Cameroun ».

Marc Brys : « Je ne me laisserai pas faire »

Face à ce limogeage, Marc Brys n’est pas resté silencieux. Contredisant les accusations portées contre lui, il a vivement répliqué. S’il n’a pas, à ce stade, commenté publiquement et en détail chacun des onze griefs, sa réponse globale a été sans appel. Il a qualifié la décision de la Fécafoot d’« illégale » et de « ridicule », selon des propos rapportés par plusieurs sources médiatiques. Son argument central repose sur la légitimité de son employeur. Brys souligne qu’il a été nommé par le ministère des Sports, signataire de son contrat, et non par la Fécafoot. Il estime ainsi que Samuel Eto’o, fort de sa réélection, a profité de l’occasion pour réaliser un « coup d’éclat » à son encontre. Le technicien belge fustige également le calendrier désastreux de cette décision, la jugeant totalement irresponsable à l’aube d’un tournoi continental. « Cela ne se fait nulle part ailleurs dans le monde », aurait-il déclaré, pointant le risque de jeter les joueurs et le nouveau staff « en pâture aux loups ».

Dans un premier temps, Brys a clairement laissé entendre qu’il comptait se battre. « Je ne me laisserai pas faire », aurait-il affirmé, laissant planer la possibilité d’une contestation juridique de son licenciement. Cette posture de défi est cohérente avec le caractère qu’il a montré tout au long de son mandat. Cependant, certains observateurs notent une évolution dans son discours. Après la première salve, des propos plus résignés ont pu être perçus. Il aurait ainsi confié : « L’objectif de Samuel Eto’o a toujours été de me chasser. Dès la première minute, il m’a insulté et j’ai réagi. J’en ai eu assez, il y a trop de négativisme ». Cette déclaration suggère que le coach, épuisé par des mois de guerre froide, pourrait finalement acter son départ sans recours. Le dernier mot pourrait cependant revenir au ministère des Sports, qui n’a pas encore officiellement réagi à cette décision unilatérale de la Fécafoot. Son soutien passé à Brys laisse penser que cette affaire pourrait connaître un nouvel épisode institutionnel.

Un héritage sportif en demi-teinte et un avenir incertain

Le bilan sportif de Marc Brys ajoute une dimension paradoxale à cette affaire. Statistiquement, son passage à la tête des Lions est positif. En quinze matches, il n’a subi qu’une seule défaite, pour neuf victoires et cinq nuls. Il a insufflé une certaine stabilité et engagé un rajeunissement de l’effectif. Peu avant son limogeage, après l’élimination cruelle en barrages pour la Coupe du Monde 2026, il avait d’ailleurs appelé au calme et à la concentration pour la Can, affirmant : « Nous avons le temps. Nous serons prêts pour la Can… Nous serons motivés pour préparer le tournoi ».

Pourtant, cette solidité apparente n’a pas suffi à le protéger. L’échec à se qualifier pour le Mondial 2026, imputé à ses manquements par la Fécafoot, a constitué un prétexte trop tentant pour ses détracteurs. Désormais, le Cameroun abordera la Can 2025 dans une situation de crise inédite. Le groupe F, composé de la Côte d’Ivoire tenante du titre, du Gabon et du Mozambique, est déjà considéré comme un « groupe de la mort ». La cohésion de l’équipe, secouée par ce changement brutal à trois semaines de la compétition et la mise à l’écart de plusieurs leaders, sera mise à rude épreuve.

Moustapha BACHIROU

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