
La décision de la Commission électorale validant l’unique candidature de l’homme politiue pour la présidence du Mrc soulève des interrogations sur la cohérence statutaire et l’avenir politique du parti.
La Convention extraordinaire du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), prévue pour le 29 novembre 2025, s’annonce déjà comme un tournant historique pour ce parti en quête de stabilité après des mois de turbulences politiques. Le 22 novembre, la Commission électorale du Mrc a rendu publique une décision entérinant l’unique candidature de Maurice Kamto à la présidence nationale. Ce dernier, figure emblématique du parti, revient sur le devant de la scène dans un climat marqué par des controverses internes et des critiques acerbes sur la légalité et la légitimité de cette candidature. Selon la déclaration de la Commission électorale, « la liste des candidats, unique et validée au 20 novembre, est considérée conforme pour participer au scrutin de l’élection des dirigeants nationaux ». Aux côtés de Maurice Kamto, d’autres poids lourds politiques, comme Mamadou Yakouba (1er Vice-président) et Ndong Christopher Nveh (Secrétaire Général), figurent sur cette liste. Toutefois, cette annonce, loin de calmer les tensions, a ravivé les débats autour des règles statutaires et des ambitions personnelles. La décision de valider la candidature de Maurice Kamto est perçue par certains comme une tentative audacieuse de reconsolidation du leadership d’un homme dont l’aura a marqué l’histoire politique récente du Cameroun. Cependant, pour d’autres, elle soulève de graves doutes sur la conformité aux textes du parti. Okala Ebode, membre fondateur du Mrc et actuel Secrétaire national à la réforme et à la modernisation de l’État, a publié une critique cinglante sur les réseaux sociaux.
Il y dénonce des « irrégularités textuelles majeures », notamment une violation de l’article 29 b des Statuts, qui exige trois années continues de militantisme pour tout candidat à un poste électif. Il affirme que « la démission de Maurice Kamto en août 2025 et son adhésion temporaire au Manidem brisent cette continuité, rendant juridiquement irrecevable son retour à la présidence ». Pour Okala Ebode, la réintégration de Maurice Kamto sans respecter les exigences statutaires affaiblit l’intégrité institutionnelle du parti. Ils rappellent que « la Convention nationale est seule habilitée à élire le président national, selon les dispositions des articles 28 et 30 des Statuts ». Un autre point de tension réside dans les accusations d’un calendrier « fabriqué » et d’une concentration des fonctions entre le Secrétaire général et le président de la Commission électorale, ce qui, selon les critiques, viole le principe de séparation des responsabilités et nuit à la transparence du processus électoral.
Le Mrc face à un dilemme existentiel
Malgré les controverses, le leadership de Maurice Kamto reste incontestable pour une frange importante des militants du Mrc. Pour eux, son expérience, son charisme et son rôle dans l’ascension du parti justifient un retour à la présidence. « Son leadership est incontesté et incontestable », déclare un cadre du Mrc sous couvert d’anonymat, ajoutant que « le Pr Kamto incarne l’espoir de changement pour des millions de camerounais ». Cependant, d’autres voix appellent à une transition générationnelle, estimant que « le cycle politique camerounais a basculé vers un désir d’alternance régulée ». Dans une note publiée récemment, Okala Ebode cite Amilcar Cabral, « dire la vérité, ne revendiquer aucune victoire facile. » Il en appelle à une « mue institutionnelle » et à la consolidation des règles internes, plutôt qu’à un retour au culte des personnalités.
Certains observateurs craignent que cette candidature unique ne projette l’image d’un parti divisé, où les institutions sont reléguées au second plan face aux ambitions personnelles. Pour d’autres, elle reflète simplement l’absence de figures capables de rivaliser avec l’envergure politique de Maurice Kamto. Alors que la Convention extraordinaire approche, le Mrc est face à un dilemme existentiel. D’un côté, un retour de Maurice Kamto pourrait offrir une stabilité immédiate et mobiliser les bases militantes en vue des échéances électorales de 2026. De l’autre, il pourrait fragiliser le parti en alimentant des divisions internes et en exposant les failles d’un processus électoral contesté. Rendez-vous le 29 novembre !
Michel NONGA



