le_messager_Logo-removebg-preview

Mfoundi:Les grandes familles autochtones réclament leurs terres

Elles dénoncent des décennies d’expropriations abusives, demandent réparation et interpellent directement le président de la République, Paul Biya.  

C’est une plainte longue et douloureuse que les grandes familles autochtones du Mfoundi, regroupant les natifs du cœur historique de Yaoundé, ont adressée au Chef de l’État, Paul Biya. Dans un mémorandum chargé d’histoire et de revendications, rédigé le 20 novembre 2025, elles dénoncent des décennies d’expropriations foncières conduites par l’État au mépris de leurs droits constitutionnels. Ces terres, autrefois fertiles et vitales pour leurs activités agricoles et leur survie, ont été transformées en infrastructures publiques, laissant des centaines de familles sans compensation, sans recasement et dans une précarité grandissante.  Les autochtones du Mfoundi sont catégoriques. Depuis les premières années suivant l’indépendance du Cameroun, leurs terres ont été massivement réquisitionnées dans un but déclaré d’utilité publique.

Ces terres ont permis l’édification de nombreuses infrastructures nationales emblématiques, allant du Palais de l’Unité aux grandes institutions administratives telles que le Premier ministère, le Conseil constitutionnel, les facultés de l’Université de Yaoundé ou encore des infrastructures de prestige comme l’hôtel Hilton ou le stade Omnisports de Mfandena. Mais derrière ces réalisations, un drame humain se cache. « Nos terres ancestrales ont été utilisées pour bâtir l’État sans que nous ne soyons ni compensés, ni recasés », clament les familles dans leur mémorandum. Elles rappellent que les décrets d’expropriation publiés par l’État précisaient toujours qu’un texte ultérieur fixerait les indemnités. Parmi ces décrets, celui du 26 décembre 1984, expropriant 394 hectares, ou encore celui du 17 janvier 1973, portant sur 38 hectares. Mais ces textes n’ont jamais été suivis d’effets compensatoires, laissant les familles dans une situation d’injustice prolongée. 

Des familles dépossédées et marginalisées

Au fil des ans, les natifs du Mfoundi, autrefois propriétaires de vastes terres agricoles, se retrouvent confinés dans des bas-fonds marécageux et insalubres ou sur les flancs abrupts des collines de Yaoundé. Ces zones à risques, marquées par les inondations et les éboulements, sont loin de leur offrir des conditions de vie dignes. « Nous n’avons aujourd’hui plus de refuge, plus d’espace vital pour perpétuer nos coutumes et préserver notre identité culturelle »,déplorent-ils. Les descendants des autochtones dénoncent également une discrimination savamment orchestrée. D’autres communautés autochtones du pays, comme celles du Littoral ou du Grand Nord, bénéficient régulièrement de rétrocessions de terres par l’État. En revanche, dans le Mfoundi, chaque tentative de régularisation ou de restitution de terres est systématiquement bloquée par les autorités. « À chaque arrêté autorisant une rétrocession, la Présidence de la République s’y oppose avec rage », expliquent-ils, citant notamment l’exemple de l’arrêté du 12 février 2021 autorisant la rétrocession d’une dépendance de 55 hectares au lieu-dit « Mballa II », annulée sans explication. Des propos poignants du patriarche Emah Basile résonnent encore dans leurs mémoires. « Le regard du père porté au loin finit par oublier ceux qui sont sous ses pieds », avait-il déclaré.

 Rétablir leur dignité

Cette phrase illustre le sentiment d’abandon des autochtones, qui affirment avoir toujours soutenu, « sans condition politique », la politique du Renouveau incarnée par Paul Biya depuis 1982.  Face à cette situation qu’ils jugent intenable, les autochtones du Mfoundi demandent des actions concrètes et immédiates. Ils réclament la rétrocession des parcelles non utilisées relevant du domaine privé de l’État, afin de disposer d’espaces vitaux pour leurs regroupements familiaux et la perpétuation de leurs coutumes. Ils exigent également la restitution des terres jadis sacrées, considérées comme des lieux de mémoire par leurs ancêtres. Les familles expriment leur désolation face à la marginalisation dont elles sont victimes. « Nous sommes devenus des objets de raillerie, accusés à tort d’être des vendeurs de terrains, alors que l’État nous a tout arraché », dénoncent-elles. Ce sentiment d’humiliation est d’autant plus exacerbé par les pratiques de certains ministères qui, selon elles, cèdent leurs terres à vil prix à des populations allogènes, accentuant leur sentiment de dépossession.

Pour ces familles, donner suite favorable à leurs revendications est une question de justice, mais aussi une manière de rétablir leur dignité. « Rétablir nos droits fonciers est essentiel pour que nous puissions contribuer à l’émergence de ce pays », concluent-elles. Alors que le Cameroun se veut un État de droit garantissant l’égalité entre ses citoyens, cette requête solennelle des autochtones du Mfoundi arrive comme un rappel urgent des promesses non tenues. Le président Paul Biya, interpellé directement, est désormais face à un choix crucial, restaurer la confiance de ces familles en leur offrant justice ou risquer de laisser s’installer un sentiment d’abandon irrémédiable au cœur même de la capitale.

Michel NONGA

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Suivez-nous :

Actualités

Espace Newsletters

Retour en haut