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Mindcaf: 21 agents du Cadastre suspendus pour fraude et malversations

Dans un climat de tension autour de l’accès au titre foncier, le ministère des Domaines, du cadastre et des affaires foncières (Mindcaf) vient d’annoncer la suspension de 21 agents pour pratiques frauduleuses et manquements professionnels graves. 

C’est un truisme de dire que le secteur foncier traverse une période critique, marquée par des scandales qui fragilisent davantage la confiance des citoyens envers les institutions. Vendredi dernier,21 novembre, le ministre des Domaines, du cadastre et des affaires foncières, Henri Eyebe Ayissi, a annoncé la suspension provisoire de 21 fonctionnaires du Cadastre. Ces agents, exerçant dans des services départementaux et régionaux à travers le pays, sont accusés de graves manquements professionnels, notamment la falsification de mappes foncières, la rétention abusive de dossiers, l’application de surcoûts sur les prestations et leur complicité dans des fraudes récurrentes.  Ces pratiques mettent en lumière un dysfonctionnement profond dans la gestion des affaires foncières. Le ministre a justifié cette décision comme une mesure nécessaire pour « préserver l’intégrité et la crédibilité de notre administration publique ». Il a rappelé que les obligations professionnelles des fonctionnaires, telles que définies par l’article 35 du décret n°94/199 du 07 octobre 1994 portant Statut général de la Fonction publique, ont été gravement bafouées par ces agents.

Les structures de rattachement des fonctionnaires suspendus, qui incluent des ingénieurs des travaux du Cadastre et des techniciens supérieurs, couvrent des zones sensibles comme le Wouri, la Bénoué, le Mfoundi, ou encore la Sanaga Maritime. Ces localités sont particulièrement affectées par des litiges fonciers, souvent liés aux lenteurs administratives et aux pratiques frauduleuses qui gangrènent le Cadastre depuis des années.  L’accès à la propriété foncière est devenu un véritable cauchemar pour de nombreux citoyens camerounais, confrontés à des lenteurs administratives sans fin et à des coûts élevés de procédure. Les accusations de falsification de mappes foncières et de rétention abusive de dossiers portées contre les 21 agents suspendus illustrent parfaitement les défis auxquels les usagers doivent faire face. 

Réformes urgentes

Selon une étude publiée par nos confrères d’Investir au Cameroun, environ 60 % des litiges judiciaires en cours dans le pays concernent des conflits fonciers. La lenteur des procédures et les pratiques illicites au sein des services du Cadastre ne font qu’aggraver la frustration des citoyens et ralentir le développement économique. Ces dysfonctionnements, alimentés par la corruption et le manque de transparence, contribuent à maintenir une instabilité dans un domaine crucial pour la sécurisation des droits de propriété. 

Les usagers sont souvent confrontés à des délais interminables pour obtenir un titre foncier, un document pourtant essentiel pour sécuriser leurs investissements ou accéder à des financements. Dans son communiqué, Henri Eyebe Ayissi a tenu à rassurer les usagers, affirmant que les dossiers en cours ne seraient pas affectés par cette mesure. Il a également instruit les responsables des services concernés de prendre des dispositions pour garantir le traitement diligent des procédures. « Il est impératif que les attentes légitimes des citoyens soient satisfaites dans les délais réglementaires », a-t-il déclaré.

Moderniser les outils cadastraux et numériser les procédures

La suspension de ces 21 agents relance les appels à une réforme profonde du système foncier au Cameroun. Les experts insistent sur la nécessité de moderniser les outils cadastraux et de numériser les procédures pour limiter les interventions humaines, souvent sources de fraudes. Pour beaucoup, la digitalisation complète des données foncières et la mise en place de plateformes accessibles au public pourraient réduire considérablement les risques de manipulation et de corruption. Le secteur foncier constitue un pilier essentiel pour le développement économique du Cameroun. Pourtant, il reste l’un des plus problématiques, alimentant des conflits sociaux et limitant les investissements. Henri Eyebe Ayissi a réaffirmé son engagement à rétablir la transparence et l’efficacité dans la gestion foncière.

«La sauvegarde de l’image de notre administration publique et la consolidation de la confiance des citoyens reposent sur une réforme des pratiques et une stricte observance des règles déontologiques », a-t-il ajouté. Alors que la crise foncière s’intensifie, les citoyens espèrent des actions concrètes pour mettre fin aux abus qui gangrènent le secteur. La suspension des agents incriminés est perçue comme un signal fort, mais l’efficacité de cette mesure dépendra de la volonté des autorités à engager des réformes durables, capables de restaurer l’ordre et de garantir un accès équitable à la propriété foncière.

Michel NONGA

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