
Du 26 au 30 novembre, Yaoundé s’ouvre à la 7ᵉ édition de la Biennale internationale Modaperf, une célébration artistique et citoyenne placée sous le signe de l’union et de la mémoire collective.
La Biennale Internationale Modaperf revient pour sa 7ème édition avec le thème évocateur « Cultiver l’Union », une thématique qui résonne profondément dans le contexte actuel du Cameroun. Initialement prévue à Dschang, l’édition 2025 se tient finalement à Yaoundé, capitale culturelle et politique, en raison des récents bouleversements dans la région de l’Ouest. Ce déplacement ajoute une dimension symbolique au festival, qui souhaite rassembler au-delà des frontières géographiques et sociales. Depuis sa création en 2017, le festival Modaperf, initié par la Compagnie Zora Snake, a transformé le paysage artistique camerounais en offrant une plateforme d’expression aux artistes locaux et internationaux. « Un pays sans culture n’est pas un pays », déclare Zora Snake, chorégraphe et directeur artistique de l’événement, pour souligner l’impact crucial de l’art sur la construction d’une identité nationale forte. Modaperf, devenu Biennale en 2023, est aujourd’hui un laboratoire de création où performances, danses urbaines, battles hip-hop et conférences se rencontrent pour explorer les problématiques sociales contemporaines.
La programmation de cette année s’annonce exceptionnelle, rassemblant des artistes venus du Cameroun, d’Afrique et d’ailleurs. Des figures telles que Reine Eben, Lucas Esomba, Koffi Kegou du Togo et Karelle Prugnaud de France présenteront leurs œuvres dans des lieux emblématiques de Yaoundé, comme l’espace Akhingos ou la chefferie Nsimeyong. En mêlant les mémoires ancestrales, les danses urbaines et les défis écologiques, Modaperf offre une réflexion unique sur l’avenir du Cameroun et de sa jeunesse. Modaperf ne se limite pas à la promotion de l’art, il est aussi un puissant levier de transformation sociale. Depuis neuf ans, le festival s’est donné pour mission de créer des ponts entre les artistes et la société civile. Ateliers de formation, résidences artistiques et rencontres professionnelles sont autant d’initiatives mises en place pour encourager la transmission des savoirs et renforcer le lien social. En 2025, l’accent est particulièrement mis sur la place des femmes dans l’espace public et sur l’accès à la culture pour les populations rurales et urbaines. « Pour développer un pays, il faut d’abord développer la pensée », rappelle Zora Snake.
Appel à la mobilisation des politiques et des institutions
C’est dans cet esprit que Modaperf accompagne les jeunes artistes sur deux ans, à travers des laboratoires de création où ils apprennent à affirmer leur identité artistique et culturelle. Ces actions éducatives, combinées à une médiation culturelle innovante, font de Modaperf un modèle à suivre pour les politiques culturelles du Cameroun. Le festival s’engage également en faveur de la durabilité et de la préservation des mémoires. En intégrant des performances dans des lieux historiques et symboliques, il réactive un dialogue entre passé et présent, entre ancestralité et modernité. Ce travail de préservation est crucial dans un pays où les enjeux environnementaux et patrimoniaux sont de plus en plus pressants. Modaperf est bien plus qu’un festival, c’est une invitation à repenser la place de la culture dans le développement du Cameroun.
Avec plus de 50 artistes et une programmation entièrement gratuite, l’événement espère rassembler un large public, allant des amateurs d’art aux familles en passant par les jeunes des quartiers populaires. « Le Cameroun peut aussi avoir cette image d’un pays riche de culture et de créativité, à l’échelle mondiale », affirme Zora Snake, en appelant à une plus grande implication des médias et des institutions. Pour que ce rêve devienne réalité, il est essentiel que le gouvernement à travers le ministère des Arts et de la culture (Minac) soutienne davantage ce type d’initiatives. Modaperf a déjà prouvé sa capacité à transformer des vies et à redynamiser le secteur artistique local. En intégrant ce festival dans leurs priorités, les pouvoirs publics pourraient non seulement renforcer l’impact de la Biennale, mais aussi contribuer à l’émergence d’une véritable industrie culturelle camerounaise. Alors que les tambours des artistes congolais ouvrent la Biennale ce 26 novembre, suivis des performances de figures emblématiques comme Lucas Esomba et des battles de street dance animés par le Français Blondy, Modaperf envoie un message clair : l’art est un vecteur d’union, de transformation et d’espoir. À Yaoundé, la culture est plus vivante que jamais. Que les décideurs politiques et les mécènes entendent cet appel et rejoignent cette dynamique pour que Modaperf continue à briller, au Cameroun et au-delà.
Michel NONGA



