
Avocat, journaliste ou simple citoyens originaire du triangle national, vivant dans l’hexagone, sont sous le choc de la disparition, le 1er décembre 2025, à l’hôpital de la gendarmerie nationale à Yaoundé, au Secrétariat d’Etat à la Défense (Sed). Ce samedi 6 décembre, un rassemblement est organisé, Place de la République, à Paris.
« Ils voulaient absolument mener une enquête sur Anicet Ekanè. Mon frère n’avait rien à faire en détention. Il défendait ses idées pour une meilleure démocratie au Cameroun. Est-ce un crime pour qu’on lui ôte la vie ? » Inconsolable, Gertrude Ekanè, la sœur du défunt président du Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie (Manidem), est inconsolable. Depuis l’annonce officielle du décès de son frère, Georges Anicet Ekanè, le 1er décembre 2025, à l’hôpital de la gendarmerie nationale, au Sed, à Yaoundé, c’est la consternation, au sein du parti, dans la ville de Douala, sur l’ensemble du triangle national et bien au-delà. Peu de gens peinent à accepter la mort d’Anicet Ekanè, tant l’homme semblait de n’en avoir aucunement peur.
« Une mort orchestrée »
« Laisser mourir, c’est tuer : un assassinat ! Nous saurons être dignes de ton sacrifice, très cher Anicet Ekanè », le post a suscité de nombreuses réactions et commentaires sur la page Facebook d’Abdelaziz Mounde Njimbam. Il témoigne de l’intérêt suscité par l’onde de choc de la disparition du président du Manidem, Georges Anicet Ekanè, le 1er décembre 2025, à Yaoundé. « Une semaine avant la mort d’Anicet, j’ai eu des pressentiments. Parce que je méditais sur le deuil de Yondo Black. Or les deux personnalités avaient des destins liés depuis 1990. Yondo Black m’é expliqué que Anicet avait une force mentale exceptionnelle, qui leur a transmis à l’époque », confie Me Likalé, avocat au barreau de Paris, en France. Il poursuit : « Pourquoi a-t-il fallu que Anicet soit déporté de Douala à Yaoundé, alors qu’il y a des tribunaux compétents à Douala ? En matière de droit, c’est sur le lieu de suspicion ou de commission du délit que le suspect est jugé. Les méthodes utilisées relèvent de la gestapo, la police de l’Allemagne Nazie, une époque qu’on pensait révolue. Par ailleurs, pourquoi a-t-il été nécessaire de la séparer de son appareil respiratoire pendant un mois et dix jours, alors qu’on savait que cet appareil ne devait en aucune manière lui être retiré. La mort d’Anicet Ekanè, est une mort programmée, orchestrée, voulue ».
Même son de cloche chez Général Valsero, le rappeur et activiste, camerounais vivant en France, pour qui « Anicet Ekanè n’est pas mort. Il a été assassiné ». Valsero explique : « Confisquer l’extracteur d’oxygène d’un homme de 74 ans qui souffre de détresse respiratoire est un crime prémédité, planifié, orchestré ». Le choc pour les camerounais de la diaspora. « Il est mort pour la force de ses convictions », soutient un journaliste camerounais en région parisienne.
« Trop d’enquêtes sans suite »
Les avocats d’Anicet Ekanè indiquent que leur client a passé « plus de 38 jours en détention sans être jugé, et sans accès à des soins appropriés ». Rien d’étonnant alors que la famille comme nombre de partis politiques et de citoyens, camerounais ou pas, indexent le pouvoir de Yaoundé, soupçonné d’avoir volontairement attenté à la vie de l’opposant tant redouté. « Nous refusons toute enquête gouvernementale. Mon frère était vivant, ils auraient dû enquêter avant de l’incriminer. Au Cameroun, trop d’enquêtes restent sans suite. Pourquoi faire semblant maintenant ? », s’interroge encore Gertrude Ekanè. La classa politique camerounaise en est tout autant ébranlée, à l’instar de Me Alice Nkom, Porte-parole de Issa Tchiroma : « Il était un leader politique. C’était un homme vrai. Un être profondément humain. Un ami. Un frère. Un de ces hommes rares qui portent en eux l’intégrité, la loyauté, le courage, – tout ce qui manque si douloureusement à ce pays ».
Le bâtonnier, Akéré Muna, réagissant au Communiqué du ministère de la Défense, le 1er décembre dernier, concernant la mort de Anicet Ekanè, ne dit pas autre chose : « Le communiqué officiel du ministère de la Défense est tombé avec la lourdeur définitive d’une pierre tombale. Il annonce la nouvelle profondément affligeante du décès de Ekane Anicet Georges, figure politique éminente et inébranlable. Il est mort dans un hôpital militaire, après près de huit semaines de détention pour de prétendus « infractions graves » relevant de la compétence du tribunal militaire. Ce n’est pas seulement la perte d’un homme ; c’est l’extinction d’une flamme ardente et passionnée qui brûlait pour le multipartisme et pour l’émancipation démocratique et politique de notre pays. Son engagement était sans limites ». Et de conclure : « Va donc, Anicet. Ta longue et harassante lutte est terminée. Repose maintenant en éternité, dans la paix qui t’a été refusée de ton vivant, et sache ceci : ton peuple sera libre ». L’autopsie initialement prévue mercredi 3 décembre 2025, a été reportée, la famille s’en étant opposée.
Par Jean-Célestin EDJANGUE



