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Mouvement d’humeur à Mutengene: La colère noire de l’obscurité…

Dans cette localité de la région du Sud-Ouest du Cameroun, un mouvement de protestation né d’une colère mûrie par plus de huit ans de privations a paralysé la ville depuis mardi 7 décembre. Exaspérées par des années de vie sans électricité, les populations, majoritairement des femmes, ont érigé des barricades sur la route principale, décrétant un blocus total.

La scène à Mutengene hier mercredi avant midi était celle d’un ras-le-bol devenu spectacle. Des groupes se sont formés, marchant d’un pas déterminé, frappant avec rage sur leurs ustensiles de cuisine vides. Le son métallique des casseroles et des couverts résonnait comme un tambour de détresse, un signal d’alarme adressé à des autorités souvent sourdes. Ce n’est pas une coupure de quelques jours ou semaines qui a conduit les habitants dans la rue, mais l’accumulation de près de neuf mois sans électricité dans certains quartiers, une situation qualifiée d’« insoutenable » par les protestataires. Leur motivation est ancrée dans un refus catégorique et poignant : celui de « passer Noël dans l’obscurité ».

L’impact de ce blocus est immédiat et massif. La route principale, artère économique cruciale reliant des villes majeures comme Douala, Buea et Limbé, est devenue un point de friction complètement Tous presque immobilisé. Le trafic en provenance et à destination de ces pôles urbains est à l’arrêt total, paralysant les échanges et isolant davantage la localité. Cette stratégie de blocage, choisie délibérément, vise à frapper là où ça fait mal : l’économie régionale.  Cette paralysie volontaire rappelle une autre interruption survenue sur le même axe en octobre 2024, lorsqu’un important glissement de terrain à Mile 14 avait coupé la route de Mutengene à Buea. Mais cette fois, la barricade n’est pas faite de terre et de débris, elle est construite de mains humaines et d’une colère légitime.

Une médiation locale face à un silence national

Face à l’ampleur de la mobilisation, les autorités administratives locales sont rapidement intervenues sur le terrain pour tenter une médiation. Le chef de terre s’est adressé directement à la foule, cherchant à apaiser les esprits par des paroles de solidarité. « Votre problème c’est mon problème. Je ne peux pas dormir quand vous ne dormez pas », a-t-il déclaré publiquement aux manifestants. Dans une tentative de calmer la colère et de donner de l’espoir, il a même annoncé que des transformateurs étaient attendus et que l’électricité serait rétablie « très bientôt avant la fin de l’année ». Cependant, ces promesses locales semblent sonner creux aux oreilles d’une population échaudée par des années d’attente vaine. La colère populaire a persisté tout au long de la journée de mercredi, les habitants restant mobilisés et déterminés à maintenir la pression. Le fossé entre les assurances des autorités locales et la réalité vécue par les habitants reste béant. Plus significatif encore est le silence assourdissant du fournisseur national d’électricité. Aucune réaction officielle, aucune communication, aucun plan d’urgence n’a été enregistré de sa part en réponse à cette crise ouverte.

Une poudrière dans un contexte explosif

La situation à Mutengene est d’une sensibilité extrême, car elle s’inscrit dans le contexte déjà très tendu des régions anglophones du Cameroun. Ces régions traversent depuis des années une crise sécuritaire et politique profonde, marquée par des revendications et des conflits. Toute manifestation sociale, surtout d’une telle ampleur, risque d’être perçue et traitée à travers le prisme déformant de cette crise. Les habitants de Mutengene, en descendant dans la rue avec des branches d’arbres de paix, ont peut-être voulu marquer le caractère pacifique de leur mouvement, mais l’histoire récente du pays invite à la plus grande prudence.

Un précédent inquiétant plane sur ces événements. Récemment, à Meiganga, une localité d’une autre région, un blocus routier organisé par les transporteurs avait provoqué une réponse musclée des forces de l’ordre, avec un déploiement de l’Armée. À Mutengene, le risque d’une telle réponse est encore plus grand, compte tenu du caractère inflammable de la région du Sud-Ouest.

M.S.

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