
« Nous avons réussi à toucher des milliers de filles »
« Je ne dirais pas que les objectifs ont été totalement atteints. Mais nous avons réussi à toucher des milliers de filles, et c’est important. Nous avons commencé une conversation, mais ce n’est que le début. Elle doit continuer. Notre objectif initial était d’atteindre au moins 10 % des femmes du Cameroun. Nous sommes encore loin de ce chiffre. Nous devons donc poursuivre nos efforts, disséminer l’initiative, et veiller à ce que les voix des filles celles que vous avez entendues ici, et celles rencontrées durant la caravane continuent d’être portées. Tout au long de la caravane, nous avons vu des centaines de filles prêtes à partager leur vécu, heureuses de participer. Le simple fait de les écouter, de discuter avec elles, de leur expliquer leurs droits, leur santé mentale, les obstacles à la scolarisation, ou comment dialoguer avec leurs parents pour dire non au mariage précoce ou forcé, a été très important. Et les filles en redemandent. C’est pourquoi elles ont écrit ce Manifeste : pour que tout le monde les écoute. Elles l’ont adressé à des groupes essentiels dans leur vie : leurs parents, leurs enseignants, le gouvernement, les Nations unies, leurs frères, les leaders religieux… tous ceux qui peuvent contribuer au changement. Nous avons constaté des réalités très différentes d’une région à l’autre. Comme on le dit souvent, le Cameroun est un continent. Les problèmes des filles varient profondément du nord au sud, de l’est à l’Ouest. Dans l’Extrême-Nord, nous avons rencontré des filles très jeunes, enceintes, mariées, sans opportunités, qui rêvaient d’aller à l’école sans pouvoir réaliser ces rêves. Dans le Sud et dans le Centre, nous avons vu des filles victimes d’abus sexuels : parfois au sein de leur propre famille, parfois dans le voisinage, parfois même à l’école, ce qui les pousse souvent à abandonner les études. Les situations sont différentes, mais le simple fait pour ces filles d’avoir pu parler, mettre leurs problèmes sur la table, et espérer que leurs voix seront entendues, que le gouvernement prendra des mesures, et que nous continuerons à les soutenir… c’est déjà un brin d’espoir pour les milliers de filles rencontrées. »
Bell Essame Wendy, Girls Movement
« Si je suis témoin d’un abus, je peux appeler et signaler »
« Je vais commencer par l’un des problèmes les plus répandus : le mariage forcé. Comme l’a dit la Représentante de l’Unicef Cameroun, le mariage forcé existe depuis des décennies. Malgré la loi de 2016 qui interdit le mariage des enfants au Cameroun, malheureusement, il y a peu de changements, surtout dans certaines zones. Cette problématique reste d’actualité et doit absolument être revisitée. Oui, il existe une loi, mais pour moi, il n’y a pas eu un véritable suivi, ni un contrôle régulier. On sensibilise, mais contrôle-t-on réellement les familles ? S’assure-t-on qu’une fille n’est pas donnée en mariage ou en voie de l’être ? Les filles sont mineures : elles n’ont pas toujours la force ou la capacité de tenir tête à leurs parents. Elles ont besoin que quelqu’un porte leur voix. Elles ne peuvent pas simplement se lever et dire : je refuse ce mariage. Je voudrais aussi parler des abus sexuels. Aujourd’hui, les abus et les attouchements sexuels sont très répandus. Dans certaines familles, l’inceste est tristement devenu une chose banalisée : cela peut venir du grand-père, du père, du frère, de l’oncle… C’est terrible, et ce sont des histoires vraies. Il y a aussi des attouchements dans les lieux de travail. Je suis quand même contente qu’au forum de l’Unicef, on nous ait donné des badges avec un numéro pour dénoncer les abus. Si je suis témoin d’un abus, je peux appeler et signaler. C’est une avancée importante pour nous.
Propos recueillis par M.N.



