
La Nationale numéro 1, axe vital du Cameroun, est restée bloquée la journée de jeudi, suite à un violent incident entre un camionneur et des gendarmes. Les tensions accumulées depuis des années face aux abus et à la corruption a ce poste de contrôle de Meiganga ont fini par exploser. Sous la pression de la foule, le poste de contrôle a été détruit par les forces de l’ordre elles-mêmes, dans une tentative désespérée de désamorcer la crise.
Tout serait parti d’une gifle, et à présent, la nationale numéro 1 est bloquée. Depuis 11h, plus rien ne passe sur cet axe stratégique. Seules les motos des riverains fendent la mer de poids lourds, de bus et de véhicules personnels prisonniers du macadam brûlant. La situation, née d’une altercation violente entre un transporteur et un gendarme au poste de contrôle de la localité, dans le département de la Mbéré, a dégénéré en mouvement de révolte massive. Les populations et les camionneurs, excédés par les abus récurrents, sont sortis en nombre. Leur colère, longtemps contenue, avait un objectif précis : la destruction du poste de contrôle routier. « Ils nous sucent le sang à chacun de leurs barrages ! La gifle, ce n’était que la goutte d’eau », tonne Malla Anbo, camionneur. Chose impensable, c’est sous la pression de la foule que les gendarmes eux-mêmes ont exécuté l’ordre de démolir leur propre lieu de travail, de peur que la situation ne dégénère en bain de sang. De longues lattes et des grillages tordues jonchent maintenant le bas-côté.
Pour apaiser les tensions, le préfet du département de la Mbéré, Louis Florent Ribouem, a fait le déplacement. Face aux camionneurs dont les véhicules s’étirent sur des kilomètres, il a appelé au calme et a relayé une promesse venue de la capitale : « Yaoundé fera tout pour mettre fin aux phénomènes de corruption et de rackets sur les routes », principalement au niveau des postes de contrôle. Des mots qui sonnent creux pour des professionnels de la route qui entendent ce discours depuis des décennies.
Rackettage systémique, corruption…
La crise sur la Nationale 1 n’est pas un accident isolé, mais le symptôme d’un malaise profond qui gangrène le transport au Cameroun. À 30 kilomètres de là, au niveau de Lokoti, sur la route de Meiganga, des hommes armés de machettes ont spontanément monté la garde après la prière de 18h30 pour veiller à ce qu’aucun véhicule ne circule, scellant ainsi le blocus total de la région. Les conséquences sont lourdes. Il n’y a pas que les transporteurs de marchandises qui sont bloqués. Les bus de grandes compagnies comme les cars de brousse sont aussi immobilisés. En début de soirée, on pouvait apercevoir des passagers descendre pour installer leurs nattes au bord de la route, soit pour la prière du soir, soit pour une sieste forcée, résignés à passer la nuit en plein air. « Je transporte des médicaments pour l’hôpital de Ngaoundéré. Chaque heure perdue ici, c’est une vie en danger là-bas », s’inquiète Amadou Safran chauffeur pour une Ong médicale.
Les revendications ont monté d’un cran en fin de journée. Les représentants des camionneurs, exaspérés par les promesses vagues, ont exigé la présence physique du ministre des Transports en personne sur les lieux du conflit. « Nous voulons qu’il voie de ses yeux, qu’il sente cette colère.», exige un porte-parole élu à la hâte par les grévistes. Alors que la nuit tombe sur la Nationale 1, la situation reste figée. Les phares des camions forment un ruban lumineux à perte de vue. Les promesses du préfet n’ont pas suffi à débloquer les esprits. La capitale va-t-elle enfin envoyer un émissaire de haut rang, ou bien cette nuit de colère sur le bitume ne sera-t-elle que le prélude à d’autres explosions sociales sur les routes du Cameroun ? La balle est dans le camp du gouvernement.
Moustapha BACHIROU



