
Au petit matin du dimanche 7 décembre 2025, les habitants de Meiganga, dans la région de l’Adamaoua au Cameroun, ont découvert un paysage de désolation : un « cimetière de camions » qui jonche les bas-côtés de la Nationale N°1, trace violente de l’intervention des forces de l’ordre pour débloquer l’axe stratégique.
Ça casse et ça passe ! L’escalade, partie d’une altercation entre un gendarme et un camionneur à un poste de contrôle de Meiganga, a révélé au grand jour l’exaspération d’une profession étouffée par les rackets quotidiens. Après des tentatives infructueuses de négociation, les forces armées ont procédé à un déblaiement forcé, causant d’importants dégâts matériels, des blessés graves et une profonde fracture sociale. Alors que le trafic reprend timidement, la fronde des camionneurs menace désormais de s’étendre à l’ensemble du pays, notamment sur l’axe vital Douala-Bafoussam.
Une démonstration de force pour rétablir l’ordre
Dans la nuit de samedi à dimanche, après que les pourparlers avec les camionneurs campant sur leurs positions ont échoué, les Forces de maintien de l’ordre ont eu recours à la force. Selon les témoignages et éléments rapportés, l’armée a utilisé des engins lourds et des bulldozers pour dégager la voie et écarter les poids lourds qui la bloquaient. La scène, d’une rare violence pour ce type de conflit social, a vu des véhicules être poussés en contrebas de la route.
Face à la résistance de certains conducteurs, la dispersion a été effectuée par des tirs d’armes à feu, entraînant plusieurs blessés graves. Les dégâts collatéraux sont considérables : des marchandises de grande valeur ont été détruites, de même que de nombreux camions, laissant l’axe principal dans un état chaotique à l’aube. Cette opération met fin à un blocage qui paralysait complètement la Nationale N°1 depuis le mercredi 3 décembre, où plus de 3 000 véhicules étaient à l’arrêt entre Meiganga et Garoua-Boulaï.
La veille de cette intervention, les autorités régionales, incluant le gouverneur de l’Adamaoua Kildadi Taguiéké Boukar, s’étaient déplacées sur les lieux pour tenter une médiation. Des mesures immédiates avaient été annoncées, comme la suspension « jusqu’à nouvel ordre » des postes de contrôle de Roblin et Nandeké, régulièrement pointés du doigt pour leurs abus. Ces concessions n’auront pas suffi à calmer la colère des transporteurs, exigeant des garanties plus concrètes et durables contre le harcèlement systémique.
Un appel à la grève nationale sur fond de crise Post-électorale
L’onde de choc de l’intervention militaire ne s’est pas arrêtée aux limites de l’Adamaoua. Si le trafic a timidement repris à Meiganga, la profession des transporteurs routiers, ulcérée par la brutalité de la réponse étatique, se prépare désormais à un mouvement de grande ampleur. Une grande partie des camionneurs appelle à une grève illimitée, non seulement dans le nord, mais aussi dans le sud du pays. L’axe économique majeur Douala-Bafoussam est particulièrement visé, avec un mouvement de grève annoncé pour ce lundi 8 décembre. Cette généralisation de la contestation menace de paralyser les principaux corridors logistiques du Cameroun, avec des conséquences potentiellement dramatiques pour l’approvisionnement des populations et l’économie nationale.
Cette crise sociale aiguë survient dans un contexte structurel défavorable. Le pays est en retard chronique dans le développement et l’entretien de son réseau routier. Le gouvernement n’a réalisé, au 30 septembre 2025, que 384,95 km de routes bitumées, soit à peine 51% de son objectif annuel de 754,76 km. Avec seulement 8,6% du réseau national total de 121 873 km qui est bitumé, la pression sur les axes existants, comme la Nationale N°1, est extrême. Cette situation de pénurie d’infrastructures de qualité exacerbe les tensions autour des points de contrôle, transformant les routes en lieux de friction permanente entre usagers et forces de l’ordre.
M.S.



