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Nouveau gouvernement: Paul Biya va-t-il créer des camerounais nouveaux ?

Cette question est posée en guise de réponse à la frénésie qui s’est emparée de l’opinion depuis son message des vœux à la Nation le 31 décembre dernier. De quelle divinité Paul Biya va-t-il sortir ces femmes et ces hommes nouveaux avec la gâchette facile pour enrayer tous les maux sociaux ? Le pouvoir et la Nation au carrefour du destin.

Omar Bongo Ondimba, le défunt président gabonais, confiait pince- sans-rire à qui voulait lui prêter son oreille, qu’il faisait d’un ministre un chien et d’un chien un ministre. C’est-à- dire pour cet homme de pouvoir que le ministre n’est qu’un simple exécutant de ce que veut le Chef de l’Etat, rien de plus. Il n’a aucune volonté politique propre pour se démarquer de l’ambiance globale au sein du groupe. Il doit obéir au doigt et à l’œil sans se poser des questions, quitte à se mouiller pour protéger son chef. Le Premier ministre dans un tel contexte n’est lui-même que le premier des ministres, nommé le même jour à travers le même décret que les autres membres de l’équipe qu’il est censé diriger.

Comment fait-on pour durer si longtemps à un poste ministériel ? Occuper le même portefeuille ministériel pendant 10, 15, 20 ans ou plus relève de l’incompréhensible pour le commun des mortels dans un pays où les manquements dans tel ou tel autre secteur de la vie nationale sont légion. Un ministre dans un pays  confiait un jour que le secret pour rester le plus longtemps en poste consiste à ne rien faire du tout, laisser les choses en état, laisser faire. Tout faire pour créer le moins de vagues possibles, laisser le système aller en mode automatique. Paul Biya lui-même a confié à François Hollande en visite au Cameroun que ne dure pas longtemps au pouvoir qui veut mais qui peut.

L’équation de la stabilité du système

Qu’il soit dit en passant que c’est la première fois que Paul Biya promet aux Camerounais un nouveau gouvernement. Lui qui est maître dans les actes surprises, évite soigneusement de pousser ses pions en pleine lumière. Il aime les dribbles, les déroutes et les feintes à donner du tournis à ses adversaires politiques, même dans son camp. Il n’aime pas être lu. Il déteste que l’on sache ce qu’il compte faire ! Dans un tel contexte, ce que dit Paul Biya, il faut prendre du recul dans la réception. Son message n’est jamais simple et le bruit qu’il soulève peut-être intentionnel. Un remaniement ministériel n’est en rien un programme politique. En plus, il y a lieu de se demander qui attend en premier chef avec une soif inextinguible un nouveau gouvernement. C’est bien entendu avant tout dans le camp présidentiel qu’on nourrit les intentions d’occuper tel ou tel autre maroquin ministériel à l’issue de l’élection présidentielle du 12 octobre dernier.

Ceux qui ont mouillé le maillot ou prétendent l’avoir fait sont aux avant-postes. Mais. savent-ils au moins dans quel état d’esprit se trouve le chef de l’Etat avec le résultat de 53% et qui pis est, contesté farouchement par son challenger, Issa Tchiroma Bakary ? ? Le septennat en cours est à maints égards celui de la vigilance présidentielle sur le plan politique car il est question d’apporter une solution idoine à la dégringolade, au cinglant désaveu. Faire une chute de 71% en 2018 à 53% sept ans plus tard, doit être une préoccupation présidentielle. La question dépasse le simple choix ou nomination des ministres parce que comme Bongo, Paul Biya peut faire d’un ministre un chien et faire d’un chien un ministre. L’équation porte désormais sur la stabilité du système qui en ces deux dernières élections présidentielles préoccupe.

Une difficile reconfiguration géopolitique

Un nouveau gouvernement est donc loin d’être la préoccupation majeure de Paul Biya qui est loin d’ignorer le message de son peuple à la sortie des urnes en octobre dernier. Le message du malaise populaire a été bien transmis et Paul Biya l’aurait reçu cinq sur cinq. Le désaveu subi peut être compris comme la note salée des errements de certains de ses collaborateurs ou du fait de ses silences légendaires face aux nombreuses frasques de certains de ses ministres au cours du septennat passé. C’est donc un Paul Biya, à coup sûr déterminé à remonter la barque pour laver son honorabilité qui a parlé aux Camerounais le 31 décembre dernier. En langage facile, il a dit à ceux qui sont empressés d’être ministres de savoir patienter. Quel modus operandi ? Changer les ministres. Bien sûr ! Mais pour quel résultat ? En quoi ce qui a rendu le ministre A mauvais, improductif ne sera-t-il pas pour le ministre B qui arrive ? A bien y regarder, ce n’est pas une question d’hommes seulement qui préoccupe le N’nom Ngui, c’est une question systémique. En nommant un Premier ministre originaire du Grand Nord ou du Grand Ouest, ou du Grand Sud ou de l’Est, en quoi serait-il différent de Joseph Dion Ngute dans l’appareil gouvernemental actuel ?

Toute la question est là ! D’où qu’il vienne, le système actuel va faire de lui ce qu’il veut. Et même si ceci n’était qu’une vue de l’esprit, vers quelle divinité va donc se tourner Paul Biya pour obtenir des hommes nouveaux, intègres et prompts à répondre aux attentes des Camerounais ? C’est connu, c’est prioritairement dans son camp politique qu’il va chercher les perles rares. Or, pour la plupart, ils sont politiquement marqués, inféodés, phagocytés ou contenus. Le système est rodé depuis des décades pour la perpétuation du régime. Paul Biya va-t-il saborder la mécanique au cours de ce septennat pour permettre aux ministres nommés de servir la Nation prioritairement au système ? Le faire, serait envisagé qu’il a fait le choix de se retirer des affaires. Or sur le plan politique, l’intérêt national et le maintien du système semblent en déphasage à la lecture de la dernière élection. La préoccupation du redécoupage administratif qui était au-devant de la scène il y a quelques jours, participe bien évidemment des solutions douces à mettre sur pied pour amoindrir l’antagonisme entre l’appareillage du pouvoir et la Nation. A bien y regarder, c’est comme si le Cameroun vit les douleurs de l’enfantement d’une nouvelle République. Paul Biya serait-il à la matrice comme Charles de Gaulle avec la cinquième République en France ? On l’aura compris, tout est institutionnel et davantage le fonctionnement harmonieux de ces institutions.

Léopold DASSI NDJIDJOU

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