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Nouvelle périodicité Can: L’héritage profané d’Issa Hayatou (?)

La Confédération africaine de football a officialisé, à la veille du coup d’envoi de la Can 2025, qu’à partir de 2028, la Coupe d’Afrique des Nations, longtemps organisée tous les deux ans, passera à un rythme quadriennal pour mieux s’aligner sur le calendrier mondial et accompagner la création d’une Ligue africaine des Nations annuelle. Une décision qui rame à contrecourant des réserves émises de son vivant par l’ancien président de l’instance qui estimait que la Can tous les deux ans n’était pas un handicap, mais une nécessité structurelle pour le football africain.

Tel un coup de tonnerre, la nouvelle est tombée à la veille du lancement de la Can 2025, disputée au Maroc du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, la Caf a officialisé un changement majeur dans le calendrier historique du tournoi : à partir de 2028, l’Afrique Cup of Nations ne se tiendra plus tous les deux ans, mais tous les quatre ans. Cette décision a été annoncée le 20 décembre 2025 par le président de la Caf, Patrice Motsepe, au terme d’une réunion de son comité exécutif à Rabat. Désormais, après l’édition 2027 programmée en Tanzanie, au Kenya et en Ouganda, le tournoi suivant se déroulera en 2028, marquant ainsi le passage à un cycle quadriennal aligné sur les grands championnats planétaires comme l’Euro ou la Coupe du Monde de la Fifa.

Dans l’esprit de ce changement, Motsepe a souligné la nécessité d’adapter le calendrier de la Can aux exigences d’un football mondial saturé, notamment pour réduire les conflits entre les clubs européens et les sélections africaines. L’objectif affiché est de synchroniser davantage les compétitions internationales et de protéger les clubs qui libèrent leurs joueurs, un sujet devenu central dans les relations entre clubs et fédérations.

Pourquoi ce bouleversement ?

Le passage à un cycle quadriennal ne se limite pas à une question de calendrier. Il traduit une réponse institutionnelle. Historiquement, la Can était organisée tous les deux ans depuis 1968, nourrie par la conviction que plus de compétitions signifiaient plus d’opportunités pour les nations africaines d’exprimer leur talent et leur passion.  Cependant, ce modèle a fini par générer des tensions avec le calendrier des clubs et des compétitions internationales, un problème amplifié par l’émergence de nouvelles compétitions comme la Coupe du Monde élargie ou par la pression croissante exercée par des acteurs majeurs du football mondial sur les calendriers nationaux.

Dans cette logique, passer à un modèle quadriennal est perçu par la Caf comme une mesure pour mieux gérer les contraintes de préparation, alléger la pression sur les joueurs et créer de nouveaux espaces compétitifs cohérents. Une autre innovation majeure annoncée en parallèle est la création d’une Ligue africaine des Nations, prévue pour 2029. Cette compétition annuelle est pensée pour combler les années sans Can, en garantissant une continuité d’activités pour les équipes africaines et une source de revenus régulière pour la Caf.

Entre consensus et controverse : réactions et enjeux

La réforme a été accueillie avec des sentiments mitigés dans le monde du sport africain. Pour certains acteurs du football, ce nouveau format quadriennal pourrait réduire l’exposition et le rayonnement du football africain, en éloignant les rendez-vous continentaux du cœur des supporteurs qui vivaient la Can comme un événement régulier et fédérateur. Cette critique se retrouve dans plusieurs milieux sportifs où l’on craint que l’identité du tournoi ne s’érode face à une logique plus globalisée, davantage dictée par des impératifs externes que par les aspirations locales.

D’autres observateurs estiment que ce changement pourrait, à terme, rehausser le niveau de la compétition en créant plus de temps de préparation pour les équipes nationales, et permettre aux sélections africaines de mieux rivaliser sur la scène mondiale sans les contraintes du calendrier à répétition. L’introduction de la Ligue africaine des Nations est aussi perçue comme une stratégie pour renforcer l’économie du football africain de façon durable, en diversifiant les sources de revenus et les compétitions.

Moment rare de cohésion continentale

Cette décision jugée de suicidaire fait surtout dire à certains que la Caf a profané l’héritage à lui légué par Issa Hayatou. De son vivant, l’ancien homme fort de la maison mère du football continental avait plusieurs fois exprimé ses réserves face à l’idée d’espacer excessivement la Can. Pour lui, la Can tous les deux ans n’était pas un handicap, mais une nécessité structurelle pour le football africain.

Ses arguments étaient clairs : l’Afrique n’a pas la même stabilité économique que l’Europe, les fédérations africaines dépendent fortement de la Can pour leurs revenus, la compétition est une vitrine régulière pour les joueurs locaux, et surtout, elle constitue un moment rare de cohésion continentale.  En effet, le défunt craignait qu’en espaçant la Can, l’Afrique perde en visibilité, en rythme et en identité, au profit d’agendas qui ne sont pas les siens.

Moustapha BACHIROU

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