
En dressant le bilan de ses activités en 2025, le délégué régional des forêts et de la faune de l’Est évoque quelques besoins, en matière de surveillance des forêts, de lutte contre le braconnage et de gestion durable des ressources.
Quel bilan faites-vous de l’année 2025 ?
S’il faut faire un bilan de l’année 2025 qui vient de s’achever, il est à l’image de ce qu’on pourrait faire au plan national. 2025, il faut le dire a été une année très difficile. La filière bois a traversé une crise aiguë qui est due fondamentalement à l’effondrement du marché international du bois suite au repli de l’industrie de l’immobilier et de la construction en Chine, mais aussi en Europe. Cela a affecté très négativement la filière bois camerounaise, aussi bien dans la région de l’Est que sur l’ensemble du territoire national. Cela s’est traduit par une forte contraction des exportations au niveau des ports, les commandes ont chuté. Tout cela a mis les entreprises en difficulté. Les entreprises ont pour certaines enregistré des bilans négatifs carrément. On a même eu des cas de fermeture d’entreprises, des mises au chômage technique et même des cas de pertes d’emplois. Donc ça a été une année difficile. Et lorsqu’on écoute les opérateurs économiques, les perspectives de 2026 ne semblent pas meilleures. Mais, le gouvernement est resté attentif à cette situation difficile et dans la nouvelle loi de finances de 2026, il y a eu quand même des abattements sur la Redevance forestière annuelle de l’ordre de 25 à 35%. Cela va dans le bon sens et participe au soutien du gouvernement à la filière qui, nous devons le reconnaître, est en crise. Au-delà de la conjoncture internationale, les opérateurs et moi-même avons constaté que le secteur était surtaxé.
Donc, lorsqu’on commence à alléger des taxes comme la Rfa, nous disons que c’est un bon début et nous espérons que ça pourra soulager les entreprises pour qu’elles retrouvent le chemin de la prospérité et que les emplois soient préservés. D’autant que nous-nous rapprochons à grands pas de l’échéance de 2027, l’échéance communautaire relative à l’entrée en vigueur de la mesure interdisant l’exportation de bois rond. Or, il faut que nos entreprises aient des ressources financières pour moderniser et développer leurs outils de production de façon à améliorer les capacités de transformation locale pour pouvoir absorber tout ce bois rond que l’on exporte. Mais face à la conjoncture internationale, les banquiers et les chefs d’entreprise, la filière n’étant pas à court terme très porteuse, n’ont pas forcément accès au financement. Pourtant, c’est un virage qu’il faudra bien négocier. Ils ont besoin de cette bouffée d’oxygène pour se relever. En somme, 2025 était plutôt une année difficile pour la filière.
Comment les communautés locales, en particulier les Baka, sont-elles impliquées dans la gestion des aires protégées et des forêts communautaires ?
S’agissant des forêts communautaires, ce sont des portions de forêts du domaine national qui sont attribuées à la gestion des communautés riveraines qui en manifestent l’intérêt. Donc les communautés Baka ne sont pas en reste. Il y a des forêts communautaires qui spécifiquement ont été attribuées aux Baka, généralement avec le soutien ou l’accompagnement des Ong. On en trouve un certain nombre dans les départements de la Boumba-et-Ngoko et du Haut-Nyong. Ce sont aussi des peuples tributaires des ressources naturelles que l’on retrouve dans les aires protégées. Donc le ministère des Forêts et de la Faune (Minfof), avec ces peuples-là, à travers leur association qu’on appelle Asbabuk, nous avons un mémorandum d’entente qui garantit le libre accès de ces peuples dans ces espaces ressources, dans le cadre de l’exercice de leurs activités ancestrales et traditionnelles. Cela est une réalité chez nous, valable notamment dans l’arrondissement de Ngoyla, où il y a eu dans un passé récent quelques soubresauts, mais je pense que les choses sont rentrées dans l’ordre. Ces communautés exploitent aujourd’hui sereinement leurs forêts communautaires et peuvent mener leurs activités ancestrales dans la périphérie des aires protégées sans problème.
Y-a-t-il des progrès notables après la signature de ce protocole d’accord avec l’Asbabuk ?
Déjà, le mémorandum d’entente, c’est un grand pas et il faut travailler pour le mettre totalement en œuvre. Vous savez que ce sont des peuples sous-scolarisés et il y a des problèmes de structuration, de leadership. Le travers que l’on a constaté, c’est que certains leaders sont les mêmes qui participent à toutes les rencontres, tant au plan national qu’international, et ils n’assurent pas forcément le relais ou le partage de l’information avec la base comme cela était attendu. C’est donc un mémorandum qu’il faudra continuer de vulgariser. Mais l’État a aussi besoin de ressources financières pour ce travail. Il y a de la place pour tout le monde et tout le monde devrait s’y impliquer. On reconnaît et on félicite le Wwf pour le travail qu’il fait. Maintenant, il faudrait que les autres acteurs de la société civile s’impliquent. Il y a beaucoup de travail, même si à la fin, on se pose la question : qu’est-ce qu’on veut faire finalement des peuples Baka ? L’objectif, est-ce de préserver leurs modes de vie ancestraux ? Ou alors, c’est de les faire migrer de la forêt vers la vie moderne ? C’est autant de choses qui ne semblent pas être claires dans l’esprit de tout le monde.
Quelles sont les défis de votre délégation pour l’année 2026 ?
Nos défis sont liés aux missions qui nous sont dévolues. Le premier, c’est la gestion de la période transitoire 2025-2026. Il faut renouveler les titres d’exploitation et accompagner les entreprises dans ce sens, car la période de prorogation va jusqu’au 28 février. C’est beaucoup de travail actuellement. Le second défi, c’est la lutte contre l’exploitation forestière illégale. Bien qu’elle ait reculé, notamment l’exploitation du bois rond, avec l’appui décisif du système Sigif 2, il reste qu’il y a encore des poches d’exploitation illégale, notamment pour les bois débités. La difficulté ici, ce sont les autorisations de valorisation des rebuts de l’exploitation forestière. Ce sont des titres qui ne sont pas encore pris en charge par le Sigif 2 et ça donne lieu à beaucoup d’irrégularités. On espère que tout ça sera pris en charge prochainement par le Sigif 2 qui continue de se perfectionner, notamment par l’activation des dispositifs bloquants relatifs au rendement matière (Utb) et aux forêts communautaires, car ce rendement reste déclaratif. Or, les opérateurs économiques ne sont pas toujours sincères.
Et si on parlait des besoins urgents de votre administration pour mener à bien vos missions en 2026 ?
Au-delà de la délégation régionale des forêts et de la faune de l’Est qui est le siège, nous avons quatre délégations départementales, sept aires protégées et de nombreux postes de contrôle forestier et de chasse. Au niveau du siège, nous avons peut-être des besoins en ressources humaines. On a besoin de deux ou trois ingénieurs de plus pour le travail de bureau. Pour les services déconcentrés, les délégations départementales ont quand même des moyens de locomotion, mais certaines pourraient avoir besoin d’un nouveau véhicule. Et les postes forestiers, les services de conservation. Il y en a qui n’ont pas de véhicule. Je pense notamment à Deng-Deng. Avec le départ de l’Agence française de développement, les activités sont pénibles là-bas. Il faut des moyens de locomotion pour les conservateurs et les écogardes des parcs nationaux de Nki, Boumba-Bek et de la réserve de faune de Ngoyla qui ont véritablement besoin d’accompagnement. Il faut également finaliser leurs bases de vie, les équiper et les meubler. On a aussi besoin des drones de grande portée. Ça nous permettra de ne pas toujours se contenter du contrôle au sol. On doit contrôler le ciel pour s’arrimer au progrès technologique. À terme, ça semble plus économique. Donc nous attendons beaucoup, effectivement, de nos partenaires financiers à cet égard. Si on peut nous doter de drones, ça nous permettra d’assurer une meilleure surveillance des ressources forestières et fauniques, pour répondre aux défis relatifs au réchauffement climatique et à ses effets dont on parle.
Propos recueillis par A.G.O.B



