
Le 10 janvier dernier, la maison culturelle Kamerun Haus, a ouvert ses portes pour le vernissage de l’exposition « Les 11 musées et les trésors royaux du Cameroun ». Un évènement qui constitue un acte diplomatique et mémoriel fort, jetant une lumière crue sur les quelques 40 000 objets du patrimoine camerounais conservés en Allemagne et esquissant les contours de leur retour prochain.
L’exposition, qui se tiendra jusqu’au 28 mars, dévoile une cartographie impressionnante du patrimoine dispersé : elle présente, par une combinaison de reproductions, d’archives et de récits, l’immense collection issue des quatre aires culturelles du pays (Fang-Béti, Sawa, Grassfields et Septentrion) et détenue par onze institutions allemandes majeures. Des photographies historiques, témoignant des voyages complexes des chefs traditionnels camerounais en Allemagne à l’époque coloniale, rappelaient le contexte de ces déplacements massifs d’objets, souvent acquis dans des conditions de violence et de domination.
Une mobilisation au plus haut niveau
La cérémonie s’est déroulée en présence d’un aréopage de personnalités illustrant l’importance du dossier. Aux côtés de l’ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne au Cameroun et de représentants de l’ambassade de Suisse, se tenaient les chefs traditionnels des quatre aires culturelles, gardiens vivants de la mémoire que portent les objets absents. L’ambassadeur d’Allemagne, dans une allocution remarquée, a reconnu la portée de l’événement. « L’Allemagne regarde son histoire coloniale avec lucidité. Des expositions comme celle-ci, et le travail de recherche sur la provenance qui l’accompagne, sont essentielles pour construire un avenir commun fondé sur la justice et la reconnaissance. La restitution n’est pas une fin, mais le début d’un nouveau chapitre de coopération », fait-il savoir en substance.
Au cœur de ce dispositif se trouve le prince Bangoua Legrand Tchatchouang, promoteur de la Kamerun Haus et figure pivot des négociations. Nommé représentant de la société civile au sein du Comité interministériel chargé du rapatriement des biens culturels, il assure également le rôle de conseiller pour le Cameroun au prestigieux Humboldt Forum de Berlin. Il a confié : « Mon rôle est d’être un pont. Un pont entre les gouvernements et les musées, mais surtout un pont entre ces objets, devenus silencieux dans leurs vitrines, et les communautés au Cameroun qui en ont été séparées. La Kamerun Haus doit être un lieu où la mémoire se réveille ». Son action illustre la nouvelle dynamique qui place des experts culturels au centre du dialogue diplomatique.
Le Comité interministériel : de l’inventaire à l’action
L’exposition de Bastos est la face visible d’un travail gouvernemental approfondi. Depuis sa création, le Comité interministériel camerounais s’est activement mobilisé. Une délégation s’est rendue à Berlin en octobre 2023 pour des discussions techniques de haut niveau avec le ministère fédéral des Affaires étrangères et le ministère de la Culture allemands. L’objectif est clair : préparer une première vague de restitution, prévue pour la fin de l’année 2026, en veillant à une représentation équilibrée des quatre aires culturelles.
Ce travail s’appuie sur des outils scientifiques de premier ordre, comme « L’Atlas de l’absence », un ouvrage de référence de plus de 500 pages codirigé par l’historienne de l’art Bénédicte Savoy, qui recense avec précision les biens camerounais en Allemagne. Pour le Cameroun, l’enjeu est de taille. Le pays ne dispose pas sur son sol d’une collection équivalente à celle conservée outre-Rhin, faisant de ce rapatriement une urgence culturelle et identitaire.
Au-delà des objets, restituer le sens
Les débats actuels, relayés par les chercheurs, soulignent que la restitution ne se limite pas à un transfert physique. L’historien camerounais Richard Tsogang Fossi explique que les biens sacrés, en particulier, ont été « ethnographiés et diabolisés » pendant la colonisation, perdant leur sens originel pour devenir des curiosités muséales. Leur retour implique donc de « faire parler le vide » laissé par leur absence, tant dans les musées occidentaux que dans la mémoire collective camerounaise.
C’est précisément cette dimension que l’exposition de la Kamerun Haus cherche à restituer en premier lieu : le sens, la mémoire et le lien. En attendant que les trônes, les statues et les regalia royaux des royaumes Bamoun, Bamiléké ou autres effectuent leur voyage de retour vers des institutions comme le nouveau Musée des rois Bamoun à Foumban, c’est la connaissance de leur existence et de leur histoire qui est patiemment reconstruite.
Moustapha BACHIROU



