
Depuis la survenue malencontreuse et inattendue du décès d’Anicet Ekanè en détention judiciaire au Secrétariat d’Etat à la Défense (Sed), où il était interné dans une salle du Centre médical de la Gendarmerie nationale à Yaoundé, les émotions et les passions se sont déchainées, notamment dans les quartiers et les réseaux sociaux où le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, est carrément accusé d’avoir assassiné le malheureux président du Manidem en le privant de son extracteur d’oxygène. Face à notre reporter, le patron du Commandement ne fait pas dans la langue de bois.
Monsieur le ministre, certains avocats, défenseurs des droits de l’homme, et amis du défunt Anicet Ekanè vous accusent sans détour de l’avoir privé sciemment de son extracteur d’oxygène. Ce qui aurait causé sa mort. Que répondez-vous ?
Je n’ai pas pour habitude de répondre aux multiples accusations qui pleuvent sur ma personne depuis de nombreuses années dans les réseaux sociaux. Mais j’ai accepté de vous recevoir à cause des grossiers amalgames qui fleurissent dans les réseaux sociaux, et ne résistent à aucune analyse factuelle. Certains journalistes ont affirmé sans sourciller que j’aurais assassiné le sieur Ekanè Anicet en le privant de son extracteur d’oxygène, parce que je l’aurais gardé par devers moi. Une pure absurdité. Car je n’ai qu’à poser deux seules et simples questions : A quel moment et pour quelle raison aurais-je pu retenir cet appareil médical ? Monsieur Ekanè avait été poursuivi et interpelé par le Groupement territorial de Gendarmerie de Douala sur instructions du Commissaire du Gouvernement du Tribunal militaire, pour des infractions graves à savoir : rébellion contre la République, incitation à la haine, propagation de fausses nouvelles, etc…
Les services de la Gendarmerie – qui ne sont pas sous mon commandement, je dois le préciser – l’ont recherché, interpelé sans violence, et l’ont conduit au Secrétariat d’Etat à la Défense à Yaoundé où, du fait de sa santé précaire, il a immédiatement été interné dans une des salles spécialement médicalisées du Centre médical militaire, une structure hautement outillée dotée d’un extracteur d’oxygène cinq fois plus performant que celui qu’il utilisait avant. D’où vient-il, donc qu’on m’accuse d’avoir interpelé Ekanè Anicet (ce qui est faux) pour confisquer son extracteur d’oxygène ?
Pourquoi selon vous, votre nom est mis en avant plutôt que ceux de certains de vos collègues membres du gouvernement ?
Mes détracteurs s’embrouillent même puisqu’ils renchérissent par la suite que cet extracteur d’oxygène avait été oublié par le chauffeur d’Ekanè dans sa voiture, et que par la suite, c’est à travers la diligence du Commandant de la Légion de gendarmerie du Littoral que cet appareil aurait été sorti de la voiture de ce chauffeur pour être convoyé à Yaoundé. Ce qui est constant et vérifiable est que Anicet Ekanè, le Pr Jean Calvin Aba’a Oyono, Djeukam Tchameni Dominique et le chauffeur Njoya Arouna ont été interpellés par la Gendarmerie à Douala. Je ne les ai jamais vus à ce moment-là. Je viens donc faire quoi là-dedans ? Au point qu’une avocate affirme péremptoirement que je luis aurais dit que je souhaitais la mort d’Ekanè ?
Il est connu que vous-vous connaissiez bien, Quelles étaient vos relations ?
Je le connais depuis longtemps – je suis d’ailleurs sa tutelle sur le plan politique – et nous nous sommes rencontrés de nombreuses fois depuis 1992. Ce que personne n’ignore, est que ce monsieur était toujours du côté du désordre et des insurrections. Je lui ai maintes fois reproché cette perpétuelle propension. Je ne vous cache pas que je lui ai dit il y a moins d’un an – quand, hospitalisé au Chu de Yaoundé, et qu’il avait sollicité et obtenu mon aide – que vu son âge, et son état de santé qui déclinait, il gagnerait à se tenir éloigné des désordres sociaux et politiques. Malheureusement, ce sont ses propres choix politiques qui l’ont mis dans cette tragique situation. Au vu des actions violentes et hostiles à la paix qu’il avait perpétrés à la suite du scrutin présidentiel du 12 octobre 2025, et compte tenu du rôle extrêmement négatif qu’il avait joué dans les insurrections et les destructions, il ne pouvait qu’être arrêté pour répondre de ses actes, d’ailleurs largement avérés, mais personne ne voulait sa mort. Alors, quand j’entends certaines personnes le qualifier de martyre ou de héros national, je conclus que ce n’est que le fruit des amalgames et des émotions. J’espère avoir répondu à vos deux questions. Je n’étais pas d’accord avec sa démarche intellectuelle dans le sens de la confrontation perpétuelle avec l’ordre ; Je l’ai souvent conseillé dans ce sens, mais il était sourd à toute sagesse. Peut-être voulait-il mourir en martyr, mais je pense qu’à la réalité, ce n’est pas réussi.
Propos recueillis par Franck ESSOMBA



