
Face à l’insalubrité persistante de la capitale, le ministre de l’Administration territoriale a convoqué une réunion de crise pour reprendre la main sur un dossier où le ministère de l’Habitat peine à produire des résultats concrets.
La ville aux sept collines continue d’offrir une image dégradée, marquée par des montagnes d’ordures visibles le long des axes stratégiques, aux carrefours et à proximité des marchés. Une situation jugée inacceptable par les autorités, d’autant plus que Yaoundé abrite les institutions de la République et accueille diplomates et visiteurs étrangers. Présidant une réunion de crise hier, mercredi 21 janvier 2026, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, n’a pas mâché ses mots. « Quand nos villes sont sales, c’est une responsabilité collective et la honte est collective », a-t-il déclaré devant le gouverneur de la région du Centre, le préfet du Mfoundi, les sous-préfets et les maires des 7 communes. Le ministre a cité des exemples précis pour illustrer la gravité de la situation. Sur un périmètre de 2 kilomètres, de la Cathédrale Notre Dame des Victoires à Bastos, plus de 30 bacs à ordures et dépotoirs sauvages sont visibles en pleine chaussée. Un constat qui renforce le malaise dans une ville censée être la vitrine administrative du pays.
Rappelons, il y a 8 mois, Yaoundé accueillait les États généraux sur la gestion des ressources en déchets urbains, organisés par le ministère de l’Habitat et du développement urbain (Minhdu). Ces assises devaient déboucher sur des réformes structurelles, une meilleure gouvernance du secteur et des solutions durables face à l’explosion démographique et à la production croissante de déchets. Pourtant, sur le terrain, les résolutions adoptées peinent à se traduire en actions concrètes.Yaoundé et Douala restent particulièrement sales, malgré les efforts des communes et la mise en œuvre partielle de projets à Haute intensité de main-d’œuvre (Himo) qui n’ont amélioré que quelques rues. L’absence de coordination efficace, la faiblesse des moyens techniques et financiers, ainsi que les retards dans la mise en œuvre des réformes ont contribué à l’enlisement du dossier. C’est dans ce contexte que le ministère de l’Administration territoriale (Minat) apparaît désormais comme le recours institutionnel, venant au secours d’un ministère de l’Habitat qui peine à jouer pleinement son rôle opérationnel.
Le Minat reprend la main sur la coordination
Devant les responsables administratifs et municipaux, Paul Atanga Nji a tenu à clarifier les responsabilités. « La coordination du travail de toutes les administrations dans la région relève de l’autorité du gouverneur, dans le département de celle du préfet et dans l’arrondissement de celle du sous-préfet », a-t-il rappelé. Pour le ministre, le temps des querelles de compétences est révolu. « Le débat de qui aurait dû faire quoi n’a plus de sens », a-t-il insisté. Dans cette logique, les autorités administratives sont désormais appelées à accompagner étroitement les maires et les sociétés de collecte dans la campagne nationale de villes propres instruite par le Chef de l’État, Paul Biya. L’objectif est de restaurer l’ordre, la discipline et l’efficacité dans la gestion des déchets, en s’appuyant sur l’autorité territoriale pour imposer le respect des décisions. Pour donner un caractère opérationnel à cette reprise en main, plusieurs mesures immédiates ont été annoncées. Le ministre a confirmé la dotation spéciale accordée par le Chef de l’État aux communes de Yaoundé, comprenant engins, camions bennes et matériels légers déjà mis à disposition. À cela s’ajoute une nouvelle contribution du Minat. « Dans un délai de 72 heures, 700 brouettes, 700 pelles, 700 balais et 700 râteaux seront mis à la disposition des 7 communes », a annoncé Paul Atanga Nji.
Un calendrier strict a été fixé. Durant tout le mois de février 2026, les bacs à ordures visibles sur les axes principaux devront être retirés. Les déchets devront être collectés entre minuit et 6 heures du matin afin d’éviter l’exposition des immondices en pleine journée. Les maires, sous la supervision du préfet et des sous-préfets, devront identifier de nouveaux sites de dépôt et faire installer des plaques dissuasives portant la mention « Interdit de jeter les ordures ici sous peine de poursuites judiciaires ». Au-delà des moyens matériels, le ministre a insisté sur la discipline des populations, appelées à parcourir entre 100 et 700 mètres pour déposer leurs déchets dans les sites autorisés. Des descentes hebdomadaires sur le terrain seront effectuées par les autorités administratives afin de s’assurer du respect strict des instructions. « Garder nos villes propres est un défi individuel et collectif. C’est un impératif de salubrité publique », a conclu Paul Atanga Nji.
Michel NONGA



