
Moins cher et vital pour la survie des prématurés, la méthode Kangourou fait des émules dans les formations sanitaires. Ce contact peau à peau entre les parents (mère ou père…) du nouveau-né est promue par les pouvoirs publics pour face à la mortalité néonatale due aux accouchements prématurés.
Aujourd’hui âgée de neuf mois, bébé Adjidja fait la fierté de sa mère et du personnel médical qui l’a accueilli dans ce monde. Elle pesait 750 grammes à la naissance. « Vraiment quand cet enfant est arrivé, il ne ressemblait à rien. Mais avec l’aide de Dieu, l’acceptation de la maman et l’engagement du personnel, ce bébé a pu gagner du poids », témoigne le personnel soignant. Les larmes que verse la maman de la petite Adjidja sont celles d’une joie débordante de reconnaissance. Démunie avec un mari au chômage, elle était certaine de ne jamais pouvoir tenir cet enfant dans ses bras. Mais la Providence a placé sur son chemin des personnes par qui sa crainte a été déjoué. Son témoignage est poignant. Et l’on en retient qu’entre autres soins reçus dans la formation sanitaire où elle a été accueillie, son bébé né prématuré, a été sauvé grâce à la pratique de la méthode Kangourou. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (Oms), la prématurité est le fait de donner naissance à un nouveau-né avant 37 semaines de la grossesse, soit avant 8 mois. Il existe plusieurs niveaux de prématurité allant de la plus légère à la plus sévère.
Au Cameroun, la prématurité constitue un réel problème de santé publique. Selon les chiffres du ministère de la Santé publique, 28% soit trois nouveau-nés sur 10 décèdent des suites de complications liées à la prématurité. Les infections, l’anémie, le paludisme, la malnutrition ; les maladies chroniques (diabète, hypertension artérielle chez la mère) ; les grossesses multiples et les malformations congénitales sont les causes directes de la prématurité. Tandis que parmi les causes indirectes, l’on note sur le plan de la santé : les grossesses non suivies ou mal suivies, la faible qualité des soins et services offerts surtout avant, pendant et après l’accouchement, l’âge de la mère (inférieur à 18 ans ou supérieur à 35 ans), antécédent d’accouchement prématuré. L’éloignement des formations sanitaires, les travaux ou conditions de travail pénibles, mariages précoces ; les conditions socio-économiques…ont été enregistrés comme causes indirectes de la prématurité.
Garantir à chaque nouveau-né un départ optimal dans la vie
Les conséquences sont aussi bien médicales (décès néonatal) que socio-économique. Le coût des soins après la naissance jusqu’à la sortie de l’hôpital est estimé en moyenne entre 600 000 et 1 million de Fcfa. Quand ils ne sont pas simplement rejetés par la mère voire la famille, parfois l’arrivée de ces bébés conduit à la séparation des couples. Afin d’offrir aux bébés prématurés un bon départ pour un meilleur avenir, la journée mondiale de la prématurité édition 2025, promeut le contact peau à peau immédiat et prolongé (de 8 à 24 heures par jour, pendant le plus d’heure possible, pratique essentielle des Soins Mère kangourou (Smk), reconnue par l’Oms comme une méthode simple, efficace et accessible pour sauver la vie des nouveau-nés prématurés. Selon les témoignages capturés lors d’un café média couplé à une table ronde organisé le 14 novembre à Yaoundé, dans le cadre des activités du Mois de la Prématurité, de centaines de bébés prématurés ont la vie sauve grâce à cette méthode.
Cette rencontre organisée avec l’appui technique et financier du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (Unicef) avait pour objectif de renforcer la sensibilisation sur les enjeux liés à la naissance prématurée, de mobiliser les médias et de fédérer les partenaires techniques autour de cette cause. La rencontre présidée par Dr Ebongo Zacheus Nanje, Directeur de la Santé Familiale, a été marquée par plusieurs communications techniques animées par d’éminents experts tels que le Pr Kwabong Eric sur la prévention de la prématurité ; le Pr Mah Evelyn sur les conséquences de l’échec de la prévention ; le Dr Kana sur la Méthode Mère Kangourou ; Dr Patrick Ngou sur les exigences de la prise en charge néonatale. Un film documentaire sur la prématurité dans la région de l’Est a apporté davantage de témoignage sur les réalités vécues dans les familles et les formations sanitaires pour renforcer l’urgence d’un plaidoyer soutenu.
Nadège Christelle BOWA



