
L’absence répétée du président du Sénat aux cérémonies officielles relance le débat sur sa capacité à assumer ses fonctions et sur l’avenir de la deuxième personnalité de l’État.
La cérémonie de présentation des vœux de Nouvel an 2026 au Chef de l’État s’est tenue dans le faste habituel au palais de l’Unité. Les corps constitués nationaux, dans leurs tenues d’apparat, ont défilé devant le président Paul Biya pour lui adresser leurs souhaits de paix, prospérité et même de longévité. Mais au milieu de cette mise en scène bien huilée, une absence a jeté une ombre sur l’événement. Une fois de plus l’absence inexpliquée du président du Sénat. Alors que les principales personnalités de la République étaient présentes dans toute leur solennité, cette absence n’est pas passée inaperçue. Certains, sous couvert d’anonymat, n’ont pas hésité à murmurer leur inquiétude face à ce qu’ils considèrent comme une vacance de fait à la tête de cette institution clé. « Le Sénat est une pierre angulaire de notre République, et il mérite un leader capable de porter sa voix lors des grands rendez-vous de la nation », a confié Armel Fodjio, politologue. Cette nouvelle défection vient s’ajouter à une série d’absences qui posent question.
Le président du Sénat était déjà absent le 20 mai dernier lors de la fête de l’Unité nationale, où il n’a pas assisté à la parade sur le Boulevard du 20 mai. Plus récemment encore, le 6 novembre dernier, il a brillé par son absence lors de la prestation de serment du Chef de l’État, un événement d’une importance capitale dans la vie politique du pays. Les absences répétées du président du Sénat nourrissent les spéculations sur son état de santé. Depuis plusieurs années, des rumeurs circulent sur sa fragilité physique et son incapacité à remplir ses fonctions. À 91, celui qui occupe la deuxième position dans l’ordre protocolaire du pays serait, selon des indiscrétions, gravement malade. Ces informations, bien que non confirmées officiellement, s’accompagnent d’une question qui revient de manière récurrente : pourquoi maintenir en poste une personnalité qui ne peut plus assumer pleinement ses responsabilités ? Une source proche du pouvoir affirme que « la décision de le maintenir à son poste relève d’une volonté de préserver un équilibre politique délicat ». Cependant, cette logique politique est de plus en plus contestée par une opinion publique qui réclame davantage d’efficacité et de présence active dans la gestion des affaires publiques.
Responsabilités négligées au sommet de l’État
Le rôle du président du Sénat ne se limite pas à des fonctions symboliques. Il s’agit d’une institution essentielle dans le fonctionnement de l’État, notamment en matière de législation et de supervision des politiques publiques. En cas de vacance de la présidence de la République, c’est cette personnalité qui assure l’intérim. Dès lors, son incapacité à participer aux cérémonies officielles soulève des inquiétudes légitimes sur une éventuelle crise institutionnelle en cas de besoin. Certains analystes politiques n’hésitent pas à pointer du doigt une gestion « aveugle » des hautes sphères de l’État. « Il en va de la crédibilité de nos institutions. Maintenir une personne diminuée physiquement à un poste aussi stratégique est une erreur qui risque de fragiliser la République », poursuit le politologue.
Face à cette situation, les appels à une prise de décision courageuse se multiplient. Des voix s’élèvent pour demander une transition à la tête du Sénat, afin de garantir une meilleure représentation et une continuité effective des travaux parlementaires. Cette affaire, qui mêle enjeux de santé, calculs politiques et gouvernance, met en lumière la nécessité de repenser les critères de désignation des hautes personnalités de l’État. Alors que le pays entre dans une nouvelle année, la question reste ouverte : pourquoi garder un grabataire à la présidence du Sénat ?
Franck ESSOMBA



