
À l’approche d’une convention décisive, Joseph Thierry Okala Ebodé s’oppose publiquement à un retour de Maurice Kamto à la tête du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), déclenchant une tempête politique interne.
Le 18 novembre 2025, Joseph Thierry Okala Ebodé, ancien trésorier national adjoint du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), a publié une analyse politique de sept pages dans laquelle il qualifie d’« hérésie politique » un éventuel retour de Maurice Kamto à la présidence du parti sans respect des textes statutaires. Secrétaire national en charge de la réforme et de la modernisation de l’État, Okala Ebodé estime qu’une telle démarche constituerait une faute stratégique majeure et un précédent dangereux pour l’avenir du Mrc. Il rappelle que Maurice Kamto avait déclaré publiquement à Odza, « ce qui se passe désormais au Mrc ne me concerne plus », et considère qu’un retour sans validation par les instances compétentes « détruirait la confiance ».
L’ancien cadre du parti dénonce également la désacralisation des règles internes, affirmant que contourner la Convention et l’article 29 alinéa b reviendrait à instaurer « la jurisprudence du passe-droit ». Il cite Barack Obama pour appuyer son propos, « Africa does not need strong men, it needs strong institutions ». Pour Okala Ebodé, le Cameroun est entré dans une phase de transition générationnelle qui exige des procédures lisibles et transparentes, loin des retours personnalisés. Reprenant Amilcar Cabral, il appelle à « dire la vérité » et à respecter les textes sans raccourci.
Exclusion controversée
La publication d’Okala Ebodé a provoqué une onde de choc au sein du Mrc. Le même jour, le Comité national de médiation et d’arbitrage (Cnma) s’est réuni pour examiner son cas. Selon des sources internes, il lui est reproché d’avoir accusé Maurice Kamto et Alain Fogue, trésorier national, d’être des « agents de la France » dans un forum WhatsApp. Une allégation que l’intéressé rejette catégoriquement, affirmant que sa mise à l’écart est motivée par son opposition au retour de Kamto à la tête du parti.Dans la soirée du 18 novembre, la rumeur de son exclusion s’est répandue sur les réseaux sociaux. Mais dès le lendemain, le président national par intérim, Mamadou Mota, a démenti toute décision définitive. « Des rumeurs persistantes font état de l’exclusion de Okala Ebodé du Mrc. Je tiens à rassurer tout le monde qu’aucune décision définitive n’a été prise dans ce sens. Le Cnma a soumis les conclusions de sa séance et elles sont en étude », a-t-il précisé sur sa page Facebook officielle.
Cette affaire intervient dans un contexte de fortes tensions internes au sein du Mrc, à l’approche des élections locales de 2026. Le parti, qui avait boycotté les élections municipales et législatives de 2020, est aujourd’hui confronté à un défi de lisibilité stratégique. Okala Ebodé rappelle que ce boycott avait été décidé malgré des signaux contraires quelques mois plus tôt, et qu’un nouveau changement de cap pourrait fragiliser davantage la crédibilité du parti. Il met en garde contre une « contamination » des échéances électorales à venir. Un vice de procédure dans la désignation du président du parti pourrait, selon lui, hypothéquer les investitures, gripper l’appareil et offrir une arme contentieuse aux adversaires politiques. Il appelle à une projection vers l’avenir, citant Thomas Sankara : « Il faut oser inventer l’avenir », et insiste sur la nécessité de consolider les institutions internes plutôt que de créer des exceptions personnelles.
Convention sous haute tension
Le débat sur la gouvernance du Mrc se cristallise autour de la convention extraordinaire convoquée pour le 29 novembre 2025 au siège du parti à Odza. L’appel à candidatures est en cours, avec une date limite de dépôt fixée au 20 novembre. Dans ce contexte, la prise de position d’Okala Ebodé alimente un débat de fond sur la succession, l’interprétation des statuts et l’avenir stratégique du parti. Il rappelle que « le Conseil national ne possède ni le pouvoir d’élire le président du parti, ni celui de modifier les statuts ». Seule la Convention, selon lui, peut trancher. « La clameur de la base ne suffit pas », écrit-il, « puisqu’elle doit s’exprimer dans le cadre défini par les textes ». Ce rappel à l’ordre institutionnel résonne comme un appel à la rigueur démocratique dans un parti qui se veut porteur d’une alternative crédible au pouvoir en place.
Serge Aimé BIKOÏ



