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Promesses présidentielles: Les « prochains jours » de Paul Biya introuvables 

Un mois après la promesse du Chef de l’État de former un nouveau gouvernement « dans les prochains jours », le Cameroun reste plongé dans l’attente tandis que les crises sociales, économiques et institutionnelles s’aggravent.

Le 31 décembre 2025, lors de son adresse solennelle à la Nation, le président Paul Biya déclarait « c’est ce à quoi s’attèlera en priorité, le Gouvernement que je mettrai en place dans les prochains jours ». Cette phrase devait incarner le point de départ d’une nouvelle dynamique politique après sa prestation de serment du 6 novembre 2025. Un mois plus tard, aucun décret de remaniement n’a été rendu public. Le gouvernement Dion Ngute continue de gérer les affaires dans un climat marqué par la confusion, la rivalité entre administrations et une multiplication des urgences nationales. La formule « dans les prochains jours » est devenue un symbole de l’incertitude politique. Le stylo remis au Chef de l’État lors de sa prestation de serment, présenté comme l’outil du renouveau institutionnel, est aujourd’hui évoqué avec ironie par l’opinion publique. Où est passé ce stylo censé écrire l’acte fondateur du nouveau gouvernement ? La promesse présidentielle demeure sans traduction concrète alors que le pays s’enfonce dans une attente lourde de frustrations.

Pendant que le remaniement se fait attendre, les tensions se multiplient. À Yaoundé, la gestion des ordures ménagères donne lieu à des batailles ouvertes entre ministres, laissant plusieurs quartiers envahis par les déchets. Au Port autonome de Douala, des conflits opposent les institutions autour de la gestion du scanning des marchandises, perturbant les opérations et créant une insécurité administrative. Des directions générales se retrouvent sans visibilité et certains responsables sont annoncés absents ou introuvables. Sur le plan social, la pauvreté progresse, la vie chère s’accentue et les populations subissent des délestages électriques fréquents ainsi que des pénuries d’eau. Les routes sont parsemées de nids-de-poule et de nombreux chantiers publics sont abandonnés. Le quotidien des camerounais contraste violemment avec l’immobilisme politique.

Des institutions fragilisées par la maladie et l’attente

La situation institutionnelle renforce le sentiment de vacance du pouvoir. Le président du Sénat et celui de l’Assemblée nationale sont annoncés malades, ce qui affaiblit la visibilité des deux principales chambres du Parlement. Dans les couloirs de l’administration, des ministres s’affrontent pour la survie politique tandis que d’autres doutent de la portée réelle des décisions signées au nom du Chef de l’État. La phrase présidentielle « dans les prochains jours » est désormais perçue comme un horizon flou, incapable de rassurer une classe dirigeante en proie à la peur du lendemain. Au-delà du retard du remaniement, c’est la crédibilité de la parole publique qui est en jeu. Lorsque l’annonce officielle n’est suivie d’aucun acte, le doute s’installe et la confiance s’effrite. Le Cameroun continue de vivre dans un entre deux. Il s’endette pour faire face à ses besoins budgétaires.

Il prie dans les églises, les mosquées et chez les leaders religieux pour conjurer l’incertitude. Il murmure dans les marchés et sur les réseaux sociaux son incompréhension face à un pouvoir en suspension. Un mois après, la phrase du 31 décembre résonne comme une promesse sans lendemain. Les prochains jours se sont transformés en semaines d’inaction pendant que les ordures s’amoncellent, que les ports s’enlisent dans les conflits, que les routes se dégradent et que la misère gagne du terrain. Le gouvernement en place, vieux de sept ans, apparaît improductif aux yeux d’une population qui réclame des actes forts. La question demeure entière. Quand les prochains jours prendront-ils enfin la forme d’un nouveau gouvernement capable de répondre aux urgences du pays? « Dans les prochains mois » aurait été plus appropriée !

Michel NONGA

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