
La convocation disciplinaire d’Éric Gervais Ndo à la veille de son installation comme président du Conseil régional du Sud, expose une crise profonde entre la base militante et le sommet du Rdpc.
L’actualité politique nationale est dominée par une décision qui suscite incompréhension et colère. Éric Gervais Ndo élu le 17 décembre 2025 comme président du Conseil régional du Sud par ses pairs est convoqué devant le Conseil de discipline du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) le 22 janvier 2026 soit la veille de son installation officielle par le gouverneur de la région. Une séquence qui alimente l’idée d’un bras de fer ouvert entre la volonté exprimée par les conseillers régionaux et les orientations du Comité central du parti au pouvoir. Selon les conseillers régionaux du Sud le scrutin ayant porté Éric Gervais Ndo à la tête du Conseil régional s’est déroulé conformément aux textes en vigueur sur la décentralisation et l’organisation des régions. Ils rappellent avec insistance que « c’est nous qui avons voté pour Éric Gervais Ndo pour un mandat de cinq ans » et que ce choix traduit la volonté populaire telle qu’exprimée par les élus locaux. Plusieurs analyses publiées sur des plateformes d’information nationales soulignent que les conseils régionaux sont devenus des espaces stratégiques de pouvoir local où les équilibres politiques internes aux partis sont de plus en plus contestés par les bases.
La convocation disciplinaire est perçue comme une provocation. Dans leur communiqué les conseillers régionaux dénoncent une « décision arbitraire » et annoncent leur déplacement au Comité central le jour même pour protester et « défendre les intérêts de la région du Sud ». Pour Joseph René Mboutou Ze président du Bureau exécutif de Sud Espérance « les personnes qui tentent de déstabiliser le président du Conseil régional du Sud devront mesurer les risques d’une telle démarche ». Il avertit que « toute sanction tendant à son exclusion du parti aura des conséquences très graves pour la stabilité du Rdpc dans notre région ». Ces propos largement relayés sur les réseaux sociaux traduisent une crispation rarement affichée publiquement au sein du parti présidentiel.
Le Comité central au banc des accusés
Au cœur de la polémique se trouve le Comité central accusé de vouloir imposer ses choix en contradiction avec le vote des conseillers. Plusieurs observateurs politiques rappellent que ce type de tension n’est pas inédit et qu’il s’inscrit dans une longue histoire de centralisation des décisions au sommet du Rdpc. Dans le texte diffusé par les soutiens du président élu il est affirmé que « les vrais opposants à votre régime sont au sein de votre parti ». Une accusation lourde qui met en cause des responsables soupçonnés de vouloir « positionner leurs copains dans des postes électifs » au mépris des dynamiques locales et de la démocratie interne.
La crise dépasse désormais le cas individuel d’Éric Gervais Ndo. Les conseillers régionaux évoquent ouvertement le risque d’une dislocation du parti si la convocation n’est pas annulée. Ils appellent à « des changements profonds au niveau des instances dirigeantes du Rdpc » et mettent en garde contre un scénario d’implosion comparable à celui observé dans d’autres formations politiques africaines affaiblies par des luttes internes. « Eric Gervais Ndo incarne l’espoir de tout le peuple du Sud. Nous le soutiendrons avec la dernière énergie même étant hors du Rdpc » prévient Joseph René Mboutou Ze. À quelques mois d’importantes échéances électorales cette affaire révèle une vérité dérangeante pour le parti au pouvoir la plus grande menace pourrait bien venir de son propre sommet.
Franck ESSOMBA



