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Remaniement ministériel: Le pari risqué de Paul Biya sur Ferdinand Ngoh Ngoh ( ?)

D’après une enquête de Jeune Afrique, le Chef de l’Etat, réélu pour un 8e mandat à la tête du pays à l’issue du scrutin du 12 octobre dernier, maintient Ferdinand Ngoh Ngoh comme ministre d’Etat/Secrétaire général de la présidence de la République, malgré les tensions internes, les échecs répétés et les fractures dont il est l’objet au sommet de l’État.

Vice-dieu un jour, Vice-dieu pour toujours ! L’éviction de Ngoh Ngoh du palais d’Etoudi attendra. Dans un Cameroun en proie à des tensions post-électorales doublées d’une grosse incertitude au sein de l’appareil de l’Etat, Paul Biya vient de faire un choix lourd de conséquences. Selon une enquête fouillée de Jeune Afrique, le Chef de l’État a renouvelé sa confiance à Ferdinand Ngoh Ngoh, Ministre d’Etat/Secrétaire général de la présidence depuis 2011, malgré les nombreuses voix qui réclament son départ. Ce maintien, loin d’être anodin, pourrait redessiner les équilibres du pouvoir à Yaoundé, au prix d’un renforcement des tensions au sein même du régime.

A en croire le magazine panafricain, le 7 décembre dernier, Ngoh Ngoh a été reçu pendant plusieurs heures par le président. À l’issue de cette audience, il aurait obtenu l’assurance de conserver son poste et, plus encore, la liberté de proposer une nouvelle architecture gouvernementale. Jeune Afrique rapporte que ce diplomate de formation, surnommé le « vice-président », entend profiter de cette opportunité royale et presqu’inespérée pour écarter ses rivaux les plus coriaces.

Esso, Sadi, Atanga Nji, Mbarga Nguélé au quartier

En ligne de mire : Laurent Esso, ministre de la Justice, et René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication, avec qui il entretient des relations qualifiées d’« exécrables ». Mais ce projet de purge ne s’arrête pas là. Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, serait également sur la sellette, tout comme le délégué général à la Sûreté nationale, Martin Mbarga Nguélé. Ngoh Ngoh aurait déjà désigné leurs successeurs, parmi lesquels Victor Ndocky, actuel ambassadeur en Allemagne, et Philippe Mbarga Mboa, ministre délégué à la présidence. Le cabinet civil de Paul Biya n’échappe pas à cette volonté de reconfiguration : Samuel Mvondo Ayolo pourrait être remplacé par André Magnus Ekoumou, ambassadeur à Paris, tandis qu’Oswald Baboke, Directeur adjoint, serait écarté pour cause d’ « indépendance excessive ».

Ce jeu de chaises musicales, orchestré par un homme dont l’autorité est pourtant de plus en plus contestée, interroge. Car si Ngoh Ngoh semble regagner du terrain, c’est au prix d’un soutien devenu vital : celui de la première dame, Chantal Biya. Jeune Afrique affirme que c’est elle qui a « eu le dernier mot auprès de son époux » pour sauver la tête de son protégé. Une manœuvre qui en dit long sur la personnalisation du pouvoir à Etoudi, où les arbitrages se jouent désormais dans l’intimité du couple présidentiel.

Adolphe Moudiki s’éloigne du Pétrole

Pourtant, les revers de Ferdinand Ngoh Ngoh sont nombreux. Dans le secteur pétrolier, il a été publiquement désavoué par Adolphe Moudiki, tout-puissant patron de la Société nationale des hydrocarbures (Snh). Ce dernier a tenu un conseil d’administration sans lui, en violation apparente des textes, et a ignoré un décret présidentiel visant à modifier la composition du collège des administrateurs. « Il est clair que, pour oser ainsi jeter un décret à la poubelle, Moudiki agit avec l’assentiment de Paul Biya », confie une source citée par Jeune Afrique.

Ce camouflet s’ajoute à d’autres échecs notables. Le projet de remplacement de Charles Ndongo à la tête de la Crtv par George Ewane, un proche de Ngoh Ngoh, a été bloqué par René Emmanuel Sadi. Ces revers ont alimenté les spéculations sur une possible disgrâce du Secrétaire général. Mais c’était sans compter sur l’activisme de la première dame, qui a su inverser la tendance.

Institutions fragilisées

Ce retour en grâce interroge sur la nature du pouvoir au Cameroun. Alors que le pays traverse une crise post-électorale marquée par des contestations violentes, que les institutions sont fragilisées et que les tensions régionales s’exacerbent, le choix de maintenir un homme aussi clivant à un poste aussi stratégique apparaît comme un pari risqué.

D’autant plus que Ngoh Ngoh, en tentant de concentrer entre ses mains les leviers de l’État, semble reproduire les erreurs de ses prédécesseurs tombés en disgrâce : Titus Edzoa, Marafa Hamidou Yaya, Jean-Marie Atangana Mebara.Le Cameroun a-t-il besoin d’un homme fort ou d’un homme d’État ? La question reste entière. Mais une chose est sûre : en renouvelant sa confiance à Ferdinand Ngoh Ngoh, Paul Biya ne calme pas les tensions. Il les déplace. Et peut-être les aggrave. On attend !

Frank ESSOMBA

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