
Lundi dernier, sur le plateau d’Info TV (en collaboration avec Msi Tv), le président de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) a accordé un entretien fleuve qui lui a permis de revenir sur la situation du football camerounais, sur les crises internes de la Fédération, les relations avec les clubs, les arbitres, certains anciens joueurs, la tutelle ministérielle, ainsi que sur certaines décisions controversées.
« Dans ma vie de footballeur, vous allez comprendre pourquoi nous sommes cohérents avec ce que nous faisons. À une époque de ma vie … c’était constamment ce problème de primes et ce problème logistique. Nous avons hérité de ces problèmes. » Ces mots, prononcés d’entrée de jeu par Eto’o, visent à rappeler les onglets laissés en souffrance par les anciennes générations. Il estime que depuis qu’il dirige la Fécafoot, ces préoccupations ont disparu. « Pendant notre période de gestion, on n’entendait plus parler de ces problèmes logistiques et encore moins de ces problèmes de primes. » Fier du chemin parcouru, il confie : « Je suis satisfait de ce que nous avons fait jusqu’à actuellement. Très satisfait. » Par exemple, il évoque l’ambition d’offrir « un siège digne de ce nom » à une fédération censée représenter l’une des plus grandes équipes d’Afrique — un symbole fort pour réaffirmer la dignité de la structure. Sur le championnat national, il regrette les années de disette : jadis, le public remplissait les stades — 20 000, 25 000 spectateurs — et l’émulation autour des jeunes catégories était forte. Aujourd’hui, selon lui, il fallait revenir à des « choses simples, justes et efficaces » pour recouvrer l’engouement.
Clubs, salaires, arbitres : la transparence comme credo
Interrogé sur les subventions aux clubs, Eto’o rappelle qu’il a fallu faire des choix forts, notamment exiger des justificatifs : « ceux qui nous ont présenté les justificatifs, nous avions juste une condition : prouver que vous avez payé les salaires de vos joueurs. » Pour lui, l’argent destiné aux clubs n’est pas un fonds pour construire des maisons, mais pour garantir que les joueurs évoluent dans de bonnes conditions. Il ne cache pas que certains présidents de clubs ont « décidé de descendre de ce train », mais assène : « je ne reculerai pas. » Concernant les arbitres, l’ancien buteur souligne que la Fécafoot a versé plus de 130 millions de Fcfa cette année : un contraste avec les saisons précédentes où un arbitre ne percevait parfois que 20 millions par saison. Il explique avec clarté que pour lui, « ceux qui méritent ce salaire, c’est ceux qui travaillent » — non pas des retraités ou des associations non actives.
André Onana, le vestiaire, les décisions tranchées
L’entretien n’a pas évité les sujets brûlants autour de l’équipe nationale. Sur le cas André Onana, Eto’o a été catégorique : pour lui, le gardien est un talent exceptionnel qu’il défend bec et ongles. « Onana est le meilleur gardien au monde », a-t-il déclaré. Il a aussi évoqué les choix liés à la convocation des joueurs pour la Can 2025, et assuré qu’il n’avait lui-même « pas été impliqué dans la sélection des joueurs » renvoyant la responsabilité à ceux en charge du staff technique. Mais malgré la tension, un silence notable : le nom de l’ancien sélectionneur Marc Brys n’a jamais été cité. « Je ne parle que de mes collaborateurs », a-t-il dit, refusant d’entrer dans les polémiques individuelles.
Tutelle, ministère, autonomie — le bras de fer institutionnel
Interrogé sur les relations tendues entre la Fécafoot et le ministère des Sports, Eto’o n’a pas caché qu’il existait des divergences d’opinion. Mais pour lui, ces différends relèvent du « droit » non du conflit personnel. « Je suis très respectueux des aînés » a‑t‑il insisté, affirmant qu’il n’avait aucun problème personnel avec son « aîné ». Il ajoute que, malgré les critiques et les décisions attaquées, sur les 18 ou 19 décisions prises par le comité exécutif de la fédération ou les organes indépendants, la Fécafoot a « toujours eu gain de cause ». Pour lui, cela atteste d’un travail effectué « en droite ligne avec le droit ».
A travers cette deuxième sortie médiatique en 4 ans de mandat, Samuel Eto’o a donc ouvert la boîte noire de la Fécafoot. Pas de fanfare, pas de mensonges, selon lui. Mais des explications, des choix assumés, des responsabilités revendiquées et un langage sans filtre. Un entretien qui, au-delà des polémiques, semblait voulu comme un acte de vérité une manière de « redonner au football camerounais toute sa grandeur ».
Moustapha BACHIROU



