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Transition agricole:Le Cameroun face au choix décisif du « tout bio »

La campagne nationale de plaidoyer pour l’Agriculture biologique et l’Agroécologie a été lancée hier à Yaoundé, avec un appel pressant à refonder le modèle agricole camerounais.

La salle de conférence d’un hôtel de la ville de Yaoundé a réuni hier, mardi 18 novembre 2025, une vingtaine de journalistes, décideurs, experts et partenaires techniques autour d’un message qui pourrait redessiner en profondeur l’agriculture nationale. Le Pôle de connaissances pour l’agriculture biologique et l’agroécologie en Afrique centrale, porté par le Cipcre dans le cadre du projet Ccab appuyé par la Giz, y a officiellement présenté sa position stratégique en faveur d’une transition agricole fondée sur l’Agriculture biologique et l’agroécologie. D’entrée de jeu, le Coordonnateur général du Pcac, le Révérend Dr Jean-Blaise Kenmogne, a planté le décor en des termes fermes.

« Notre modèle productiviste, longtemps flatteur sur le papier, est aujourd’hui écologiquement insoutenable, économiquement vulnérable et socialement inéquitable », a-t-il affirmé. Evoquant les réalités du terrain, il a insisté sur « la dégradation progressive des sols, la pollution des eaux, l’érosion de la biodiversité et la dépendance dangereuse aux intrants importés », des constats également documentés par la Fao, qui rappelait en 2025 que près de 50 % des terres cultivées du Cameroun sont affectées par la baisse de fertilité.La rencontre a permis d’exposer les résultats accumulés depuis 2022 par le Pcac dans la documentation des pratiques agroécologiques, la collecte de données, le renforcement des réseaux paysans et la formulation d’un argumentaire technique robuste, désormais public.

L’argumentaire du Pcac

Moment clé de la conférence, la présentation de l’argumentaire du Pcac a mis en lumière les fondements scientifiques, économiques et sociaux qui justifient l’urgence d’un basculement vers l’agriculture biologique et l’agroécologie. Selon le document présenté, l’Agriculture biologique et l’Agroécologie représentent aujourd’hui « les seules alternatives crédibles permettant de restaurer la fertilité des sols, réduire l’usage des produits chimiques, améliorer la qualité sanitaire des aliments et renforcer la résilience climatique ». Le Rév. Dr Kenmogne a souligné avec force que « face à l’épuisement accéléré de nos ressources naturelles, la transition agroécologique n’est plus une option souhaitable, mais une nécessité stratégique pour préserver notre souveraineté alimentaire ».

Il a rappelé que l’agriculture emploie 43 % de la population active et contribue à 17 % du Pib, mais que près de 57 % des agriculteurs vivent sous le seuil de pauvreté, selon les données consolidées des institutions régionales. L’argumentaire met en avant une série de mesures incitatives destinées à accélérer la transition. Il s’agit notamment du soutien à la recherche agronomique locale, de la facilitation de la certification biologique, de la mise en place d’un label national unique, de la valorisation des semences paysannes améliorées, du développement de chaînes de transformation bio et de la création d’emplois verts, notamment pour les jeunes et les femmes.

Les ménages exposés aux fluctuations des marchés internationaux

Le document appelle également à des allégements fiscaux ciblés, à des paiements pour services environnementaux et à la promotion de l’agrotourisme comme nouvelle niche économique. Un moment particulièrement attendu a porté sur la récente loi sur l’Agriculture biologique adoptée par l’Assemblée nationale. Le Pcac a pris soin de préciser son positionnement, plaidant pour « une loi davantage incitative que répressive ». Le Coordonnateur a expliqué que « pour l’instant, le secteur du bio a besoin d’un cadre qui stimule, accompagne et structure plutôt qu’un dispositif de sanctions qui pourrait freiner les initiatives naissantes ». Il a insisté sur l’importance d’intégrer la promotion des marchés, le développement des infrastructures de conservation, la vulgarisation scientifique et l’harmonisation des normes. Les échanges ont été riches entre journalistes, institutions publiques et organisations partenaires telles que Saild, Inades-Formation, Gadd ou encore le Cpf. Plusieurs intervenants ont salué « une initiative qui arrive à un moment critique où le Cameroun doit repenser son modèle agricole ».

Le représentant de la Giz a rappelé que le Cameroun, comme de nombreux pays africains, fait face à une hausse continue des importations alimentaires, ce qui fragilise sa souveraineté et expose les ménages aux fluctuations des marchés internationaux. La conférence s’est achevée sur un appel à l’unité et à l’action. « La transition agroécologique exige un engagement collectif, une coopération renforcée entre institutions et un soutien massif des médias », a déclaré le Rév. Dr Kenmogne. Il a réaffirmé la disponibilité du Pcac à « travailler aux côtés des ministères, des chercheurs, des organisations paysannes, du secteur privé et de nos partenaires techniques afin que vive l’agroécologie et l’agriculture biologique au Cameroun et en Afrique Centrale ». Les participants sont repartis avec une certitude partagée. La transition agricole du Cameroun ne relève plus du débat théorique. Elle est désormais un enjeu national vital, dont les décisions prises aujourd’hui détermineront la sécurité alimentaire, la santé publique et la résilience environnementale des décennies à venir.

Michel NONGA

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