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Vih-Sida dans l’Adamaoua: La pénurie de tests met sous pression la prise en charge des patients

La région de l’Adamaoua fait face à une crise sanitaire qui s’installe. Depuis la suspension temporaire en 2025 des financements de l’Agence des États-Unis pour le développement international (Usaid), décidée par l’administration Trump dans le cadre d’un réexamen global de l’aide étrangère américaine, les formations sanitaires de Ngaoundéré subissent une rupture aiguë de kits de dépistage du Vih-Sida, rapporte le quotidien public Cameroon tribune.

Selon le Groupe technique régional (Gtr) de lutte contre le Vih/Sida, les indicateurs restent préoccupants en Adamaoua : 5,5 % des habitants ignorent encore leur statut sérologique, 4 % des personnes infectées ne sont pas sous traitement et 9,4 % des patients sous antirétroviraux (Arv) n’ont pas de charge virale supprimée. Sans tests de dépistage, les structures de santé ne peuvent plus assurer les diagnostics réguliers nécessaires pour identifier les nouvelles infections et orienter les patients vers une prise en charge rapide. Cette pénurie se répercute à plusieurs niveaux. Elle retarde d’abord l’identification des nouveaux cas : le dépistage, porte d’entrée du traitement, se grippe, empêchant d’orienter les personnes infectées vers les soins appropriés et augmentant le risque de transmission involontaire. Ensuite, le manque de dépistage freine la mise sous traitement : faute d’identification, de nombreux malades restent hors du circuit médical, exposés aux infections opportunistes et à l’évolution vers le stade sida.

Rebond épidémique

La crise d’approvisionnement perturbe profondément le suivi médical. À l’Hôpital protestant de Ngaoundéré — qui suit près de 2 000 patients, selon le média public — les dépistages des enfants nés de mères séropositives, les tests communautaires et les contrôles périodiques sont devenus difficiles à organiser, voire quasi impossibles, entraînant un suivi incomplet. La continuité du monitoring virologique, essentielle pour ajuster les traitements, s’en trouve directement affectée. Dans ce contexte, la région est exposée à un risque réel de rebond épidémique. L’absence de données actualisées sur les nouvelles infections empêche d’apprécier la dynamique de la maladie et de recalibrer les stratégies de prévention. Les personnes dont la charge virale n’est pas maîtrisée peuvent transmettre davantage le virus, au risque de compromettre les acquis engrangés au cours des dernières décennies dans la lutte contre le Vih–Sida.

Suspension de l’aide américaine et plans de contingence

Le 21 janvier, Washington a annoncé une refonte de sa stratégie d’aide internationale, entraînant une suspension de 90 jours des financements destinés à plusieurs pays, dont le Cameroun. Le secteur de la santé, principal bénéficiaire, en ressent particulièrement les effets, les programmes Vih étant historiquement très dépendants de l’aide extérieure. La vulnérabilité de l’Adamaoua à cette décision en est une illustration directe. Face à ce choc financier, le gouvernement camerounais affirme avoir mis en place des plans de contingence pour éviter une interruption totale des services liés au Vih. Réallocation de ressources, recherche de financements alternatifs et maintien de la gratuité des ARV dans les structures publiques figurent parmi les leviers activés pour limiter l’impact immédiat sur les patients.

L’approvisionnement en kits de dépistage

« Malgré la suspension temporaire du financement américain, le gouvernement du Cameroun, à travers le ministère de la Santé publique, a entrepris des mesures de mitigation avec des actions immédiates, à moyen terme pour garantir la continuité ininterrompue des services liés au VIH-sida, à la tuberculose et au paludisme », a assuré le ministre de la Santé publique, Malachie Manaouda, dans un communiqué le 14 mars dernier. Une déclaration qui contraste avec les ruptures constatées sur le terrain. Lors d’une marche de sensibilisation organisée samedi 6 décembre 2025 dans les rues de Ngaoundéré, le Gtr a insisté sur l’importance de la vigilance communautaire et a exhorté les personnes vivant avec le Vih à maintenir rigoureusement leur traitement, malgré les perturbations. Pour les acteurs locaux, la priorité reste le rétablissement urgent de l’approvisionnement en kits de dépistage : sans cela, les progrès accomplis au cours des dernières années dans la région pourraient être remis en cause.

SBB

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